Aujourd'hui... Demain (Lettre d'une soumise à son Dom)

J’ai mis bien du temps avant de répondre à votre question, parce que je n’avais pas vraiment de réponse… je n’en ai pas plus aujourd’hui, mais je vais quand même essayer de vous éclairer sur ce que je vis actuellement et ce que j’attends de notre relation dans l’avenir…

Pour ce qui est de notre relation au quotidien, elle me convient parfaitement : les obligations que vous m’imposez me confinent dans ma condition de soumise et j’ai besoin de me sentir dans cet état en permanence. Elles ont une autre vertu : celle de pouvoir y déroger parfois pour m’assurer que vous restez attentif à l’exécution de ces règles. (oui, je sais, je vous mets la pression, mais vous ne devez pas vous en étonner, vous savez à quel point je peux être demandeuse d’attention !)

Je suis également très satisfaite puisque nos rencontres sont fréquentes, je prends en effet un grand plaisir à être avec vous, quoique nous fassions, j’ai même bien du mal à imaginer les longues périodes d’absence, en reconnaissant qu’elles sont nécessaires, le manque crée l’envie, c’est bien connu…

collier soumise

Sur le contenu de nos rencontres, je n’ai rien à dire non plus, j’apprécie tous les moments que nous passons ensemble, nos repas, nos séances (je déteste ce mot, mais il est explicite), nos ébats (le terme n’est peu être pas approprié dans ce cas, mais je n’en trouve pas d’autres), nos discussions, bref, tout ce qui fait que je ne suis pas votre soumise uniquement pour recevoir des corrections, mais une femme qui a accepté de se mettre à votre service, qui vous a choisi comme guide et que vous considérez comme telle, même si les châtiments corporels sont un plaisir que nous ne boudons pas l’un et l’autre…

Je crois que vous avez trouvé les mots juste l’autre soir lorsque vous avez qualifié notre relation : elle est à la fois cérébrale, physique et sexuelle. On peut se poser la question de savoir quelle part doit être réservée à ces trois aspects ; je suis tentée de dire que ce que nous vivons aujourd’hui me parait équilibré, toute la difficulté résidant, à mon sens, dans le maintien de cet équilibre, mais j’y reviendrai plus tard…

Je crois avoir fait le tour de cette première question ; je rajouterai quand même que j’ai découvert avec vous un indicateur infaillible qui m’assure que je suis bien avec vous : je n’ai envie de personne d’autres, je discute pourtant avec beaucoup de Doms (ou prétendus l’être !), malgré cela, mes pensées restent centrées sur vous, les conclusions s’imposent d’elles même…

Pour l’avenir, je vais quelque peu détourner votre demande : vous souhaitez que je vous dise ce que j’attends de l’avenir, indépendamment de vous et il me parait impossible de répondre à ça : mon concept de la soumission ne se décline qu’en fonction du Dom, je n’imagine pas cette relation se construire seule, aussi vais-je essayer de vous expliquer mes envies, en vous demandant par avance de me pardonner si je vous y mêle un peu, par moments…

D’abord, je pense que pour avancer, il faut bien se connaître, alors j’espère avant toute chose que notre relation perdurera. Si je dis cela aujourd’hui, c’est que j’ai longtemps pensé que la multiplication des Doms permettait de se forger une « panoplie » complète de soumise, je reviens là-dessus aujourd’hui, je crois maintenant, mais je peux le dire parce que j’ai trouvé MON Maître, que j’évoluerai beaucoup plus en multipliant les expériences avec vous, qui me connaissez, qui savez qui je suis et ce qui est bon pour moi.

J’ai également envie de partager, de me montrer avec vous, d’éprouver ma soumission à votre égard. Etre dominée par d’autres est un fantasme, certes, mais en réalité, ce qui me plait le plus dans ce genre de situation, c’est de démontrer à quel point je vous suis docile et jusqu’où vous pouvez m’emmener. (je ne sais pas pourquoi, je suis sûre que cette phrase vous fait sourire…)

Ce que je crains, mais je sais que vous y êtes sensible, c’est effectivement la routine. Comme toutes les soumises, j’ai besoin de merveilleux, d’inattendu, et surtout d’être bousculée. L’habitude engendre l’ennui et l’ennui donne envie d’aller voir ailleurs, et je ne souhaite pas ça. Cela ne veut pas dire qu’il faut innover à chaque fois non plus, prendre le temps de goûter ce qu’on a déjà vécu est important aussi, bien entendu…

Je reviens sur l’équilibre entre les divers aspects de notre relation. Je ne considère pas le sexe comme un élément majeur, je vous l’ai dit l’autre soir, c’est un support (agréable, certes !), mais il n’est pas suffisant pour combler mes attentes. L’aspect cérébral est pour moi au centre de la relation BDSM, c’est celui que je souhaite entretenir le plus. Je viens de vous le dire, j’aime être bousculée, déstabilisée : un mot, un regard parfois peut suffire, et si je crois qu’il faut bien se connaître pour avancer, c’est précisément parce que c’est à cette condition qu’on peut savoir comment « jouer » avec le mental de sa soumise, et la mettre en état de dépendance, de frustration, ou de doute, selon ce qu’on souhaite lui faire vivre… (je me demande, en me relisant, si je suis suffisamment claire dans mes propos…) Quand à l’aspect physique, mon opinion s’est modifié à ce sujet : je lui accordais de l’importance pour le côté visuel qu’il apportait dans la relation D/s. Aujourd’hui, je lui en accorde tout autant, mais pour d’autres raisons : j’aime que vous me fassiez mal. Pas pour la douleur en tant que telle, je persiste à dire que je ne suis pas maso, ce n’est pas elle qui me met en transe. J’aime, non, j’adore l’idée que vous puissiez intervenir sur mon intégrité physique, que vous puissiez, par simple envie me faire souffrir, me marquer, provisoirement ou définitivement. Il y a dans cet acte, encore plus que dans les autres, et ce, d’autant plus que je suis une « trouillarde », un vrai symbole de soumission : je suis votre chose, vous en disposez à votre guise… je vais vous faire une confidence, en écrivant cette phrase, je me rappelle avoir lu un texte sur les enfants qui crayonnent sur leur jouet, et notamment sur leur poupée, pour se l’approprier… inutile que je vous fasse le rapprochement avec ce que je viens de dire…

Voilà, je crois vous avoir tout dit sur ce que j’attends de notre relation, vous n’y trouverez sans doute rien de très original, je ne vois pas de raison de modifier un système qui me (nous) convient. Il est certain qu’il va falloir penser à nous aménager du temps pour nos familles et préserver ainsi nos vies sociales qui ne se limitent pas au travail, nous en avons déjà parlé, et c’est indispensable.

Pour le reste, je compte sur votre intelligence et votre sensibilité pour faire évoluer et grandir notre relation, je n’ai pas de doute sur le fait que vous vous attacherez à la rendre plus belle, plus forte encore, même si je suis déjà persuadée qu’elle est rare et précieuse à vos yeux, comme elle l’est aux miens.

J’ai envie de terminer en vous demandant une faveur, sans doute peu commune émanant d’une soumise. J’apprécie beaucoup que vous cherchiez à connaître mes désirs, c’est une grande preuve d’affection et de respect que vous m’apportez en vous y intéressant. Cependant, j’aimerais moi aussi savoir ce que vous attendez de moi, ce que je peux faire pour vous satisfaire encore plus. Je sais que ma soumission vous convient mais je suis aussi convaincue qu’il y a des choses qui vous feraient plaisir et que je n’ai pas encore découvertes… Aidez moi à vous rendre heureux, Maître…

le 2 août 2006

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