Guide d'évaluation à l'usage de la soumise

Voici venu le moment de reprendre nos échanges à partir d’un « canevas », afin que je puisse mieux cerner ton évolution et tes attentes, mais aussi afin que tu puisses toi aussi prendre conscience des changements qui ont pu intervenir dans ta vie.
Au départ tu m’as confié avoir un peu de mal à t’exprimer par écrit sur tes ressentis, comme tu le faisais tout au début. Lorsque tu m’en as parlé, je suis reparti sur l’idée d’un questionnaire.

Petit à petit en jetant mes idées sur le papier, je me suis lentement dirigé vers un « guide d’évaluation à l’usage de la soumise », car je voulais quelque chose de plus dense qu’un simple questionnaire.
C’était peut être d’ailleurs me compliquer la vie un peu inutilement, puisque avec un questionnaire, je formulais quelques idées, puis à toi de te débrouiller pour répondre.
Mais non, il a encore fallut que je parte chercher un truc nouveau et compliqué. Tant pis pour moi !

Donc je te donne le mode d’emploi du guide, il ne s’agit pas ici pour toi de répondre point par point à chacune des questions, dans chacune des rubriques, et dans l’ordre où elles te sont posées.
J’ai donc pris comme postulat de départ, la difficulté à t’exprimer de manière générale sur le sujet.
Le but de ce guide, bien modestement est de t’aider à analyser tes ressentis de soumise pour leur donner corps sur le papier.
C’est comme un fil d’Ariane que tu peux suivre à ta guise, pour t’exprimer sur le sujet.
Il va nécessairement t’amener à évoquer d’autres thèmes, et c’est tant mieux s’il peut faire surgir des choses auxquelles je n’avais pas pensé, nous sommes donc dans la libre expression, et c’est d’ailleurs la seule liberté que j’entends te laisser !

Soumise, à ta plume et exprime toi.

RUBRIQUE 1 – Le rapport au BDSM

Etablir une évaluation de son niveau de dépendance aujourd’hui par rapport au BDSM.

A / La place qu’il occupe dans ta vie, y compris dans ta vie quotidienne.

G : Je crois que le BDSM a pris une place différente de ce qu’il était il y a encore un an.
Sans parler de distance, je dirais que je le vois aujourd’hui comme faisant partie intégrante de ma vie, sans qu’il ne l’affecte d’aucune manière. Mais, d’une certaine façon, il est tellement bien intégré qu’il en a perdu un peu de « magie ». Je porte un regard sans doute beaucoup plus lucide sur ce que je vis, en en mesurant les impacts positifs, mais aussi ce qui pourrait en être les limites.
Et c’est précisément parce que je connais ma dépendance forte au BDSM, et en particulier à vous, mon Maître que, plus ou moins consciemment, j’éloigne de mon esprit ce qui pourrait nuire à notre relation en essayant, avec plus ou moins de bonheur il faut le dire, de prendre un certain recul vis-à-vis de ce que nous vivons. Une manière de me protéger, barrière sans doute dérisoire, ceci dit…
Tout cela ne me fait pas peur, profitant du bon et évacuant le reste, comme une sorte de fatalisme qui finalement apaise une fois qu’il est accepté.

BDSM

M: Ta réponse me semble guidée par un présupposé de départ :
Comment vivre pleinement une relation créant une dépendance forte au Dominant, en sachant que malgré tout cet engagement reste directement lié aux aléas de la vie quotidienne ?
En clair, comment vais-je vivre le BDSM que j’aime et la dépendance qu’il génère, si je ne suis pas sûre de notre avenir commun ?
Ta réponse est ainsi dictée par un souci de protection, bien légitime je te l’accorde, mais qui te conduit à appliquer un « principe de réalité » à notre relation. J’aime ce que je vis, mais je fais attention quand même à ne pas trop l’aimer et n’être pas trop dépendante, parce que peut-être tout cela ne durera pas ! ! !
Je note donc comme une ombre, une sorte de « voile de fatalisme » sur tes explications.
Alors question suivante…


B / En lien avec cette première question, quelle est ta définition de la notion de dépendance en matière de BDSM.

G : J’ai trouvé deux définitions de « dépendance » qui méritent une explication.
La première « Rapport de liaison étroite entre quelque chose et ce qui le conditionne, le régit. » me semble être ce qui correspond le mieux à l’idée que je m’en fais. J’y vois une dynamique positive. Le BDSM est bon pour moi, j’y suis donc attachée.
La seconde « État, situation de quelqu'un, d'un groupe, qui n'a pas son autonomie par rapport à un autre, qui n'est pas libre d'agir à sa guise. » est exactement ce que je rejette comme relation au BDSM. Mon BDSM, je l’ai choisi. Si un jour, il devenait une source de problème ou s’il ne m’apportait plus rien de constructif, je l’abandonnerai, simplement.
Ma dépendance n’est pas une « addiction », c’est un acte volontaire, même si elle me dépasse, parfois.

M: D’accord avec ta première définition, elle me paraît à moi aussi la plus adaptée.
Effectivement je suis très attaché à cette idée de BDSM positif, celui qui fait grandir, qui donne confiance en soi et en ses capacités.
C’est l’idée du Maître que l’on trouve dans les philosophies asiatiques, celui qui transmet un enseignement de vie, et donc que l’on suit par choix personnel et afin de s’enrichir. Une forme de recherche intérieure sur soi, sur ce que l’on est. Avant de chercher à changer le monde, le méditant cherche à se changer lui-même.

C / Quelle évolution personnelle peux-tu faire ressortir, par rapport à une situation antérieure.

G : Beaucoup de force, c’est ce que je crois constater de plus évident. Une confiance en moi que je n’ai jamais eue jusqu’ici, qui me permet désormais de me positionner et d’imposer mon opinion lors de situations difficiles, voire conflictuelles, ce qui me faisait fuir par le passé.

M: Je fais le même constat, je te trouve effectivement très sûre de toi, et je suis heureux de constater que notre relation a eu cet effet bénéfique sur ta vie personnelle.
Petit bémol toutefois, ta grande confiance en toi (trop grande parfois ?), a pour effet pervers de me rendre la tâche beaucoup plus difficile, car aujourd’hui pour t’impressionner un tout petit peu, il faut vraiment que j’en fasse des tonnes ! ! ! (sourire) Quel changement avec le début, où il suffisait que je te fixe du regard pour te faire baisser les yeux.
Nous sommes là dans l’idée du BDSM qui fait grandir en amenant quelque chose de positif.

D / Analyse ta dépendance par rapport à la « pratique physique» du BDSM en tant « qu’activité ».

G : Je ne pense pas être dépendante physiquement du BDSM. Je prends plaisir à vivre des situations lorsqu’elles se présentent, mais je ne les recherche pas vraiment. En fait, mon BDSM est plus dans la tête que dans le corps, même si les « pratiques physiques » peuvent m’entraîner parfois dans un état proche de l’extase. Ces moments intenses, que je n’ai pas envie de banaliser, sont en quelque sorte la cerise sur le gâteau, la gourmandise à consommer avec modération…

M: A mon sens également tu n’es pas dépendante du BDSM , l’équilibre et la force dont nous parlions plus haut te permet de gérer parfaitement les « moments » de ta vie, c'est-à-dire ceux avec et ceux sans BDSM.
Je fais également un autre constat, sans être dépendante de ces jeux, et donc sans les attendre, tu fais toutefois preuve d’une grande capacité à basculer très vite dans l’univers que nous affectionnons lorsque l’occasion se présente.

E / Analyse ton niveau de dépendance à une relation suivie avec un Dominant.

G : Je ne conçois plus, contrairement d’ailleurs à ce que je pensais lorsque j’ai découvert le BDSM, qu’une relation D/s puisse exister, évoluer sans être suivie. C’est précisément ce suivi qui lui fournit sa substance, qui détermine le niveau de dépendance sans lequel elle serait une coquille vide. Cela renvoie bien sûr à l’idée que je me fais de LA relation BDSM. S’il s’agissait simplement de recevoir une fessée de temps en temps, mon discours serait sans doute différent, mais je n’imagine pas ce genre de situation qui ne me conviendrait pas, étant surtout attachée (si j’ose dire) à l’aspect mental et psychologique du BDSM.

M: Je pense que le suivi auquel tu fais référence nous permet de continuer à faire vivre l’univers que nous aimons et donc par voie de conséquence notre relation et ceci, même lorsque les circonstances peuvent nous tenir éloignés..
La part de cérébralité que tu affectionnes n’a pu se construire que peu à peu, et nous en sommes les artisans.
Cette continuité est donc source de richesse émotionnelle, et pourtant en même temps elle nous confronte à un risque, celui de verser dans la monotonie. C’est là un écueil qui m’apparaît dangereux. Je m’explique, je suis persuadé qu’une soumise a d’abord besoin de rêve et d’émotions nouvelles, alors même que la relation qui dure la confronte à des habitudes qui peuvent éteindre cette émotion qu’elle recherche.
Il y a là pour le Dom un équilibre subtil à trouver, il doit rester capable d’étonner sa soumise, et c’est loin d’être facile……

F / Analyse ta dépendance à Ton Dominant.

dépendance

G : Je reviens à la définition de dépendance que j’évoquais plus haut « État, situation de quelqu'un, d'un groupe, qui n'a pas son autonomie par rapport à un autre, qui n'est pas libre d'agir à sa guise. » Elle pourrait sembler correspondre à une relation D/s en général, mais le rapport que j’entretiens avec vous me parait bien plus subtil que cela. L’autonomie, d’abord, sujet complexe car en réalité j’en ai assez pour pouvoir analyser les mécanismes de notre relation, faire preuve d’esprit critique, mais plus aucun si j’ai l’impression que vous vous éloignez. Je vous l’ai écrit une fois, sans vous, je me sens orpheline, preuve s’il en est que mon autonomie vis-à-vis de vous à ses limites…Quand à la liberté d’agir à ma guise, là encore, oui, je suis libre, du moins je pense que vous me laissez cette liberté très souvent parce que vous savez qu’elle m’est essentielle. Cependant, vous en jouez, car c’est précisément parce que vous me laissez libre que je peux choisir de vous faire cadeau de ma servitude.

M: Pour ma part je dirais que tu es dépendante de ton Dominant et paradoxalement en même temps totalement autonome. Dépendante parce que tu as besoin de tous les rituels quotidiens que nous avons mis en place, et que tu as absolument besoin de garder le contact pour te sentir bien dans ta vie de tous les jours dont tu partages tous les événements.
Comme nous l’évoquions plus haut, c’est ce suivi permanent qui fait vivre notre relation.
Et totalement autonome parce que tu n’as pas besoin de ton Dominant pour gérer ton quotidien, j’entends par là que tu n’as besoin de personne pour prendre les décisions que la vie t’impose de prendre. Nous retrouvons là le fait que tu ne t’es probablement jamais sentie aussi sûre de toi.
Cela semble probablement paradoxal, mais je trouve que tu gères très bien cette apparente contradiction.
Quand à ta liberté, je m’honore de t’avoir toujours reconnue la plus entière indépendance quand à la manière que tu as choisis pour vivre ta vie.
A mes yeux ce n’est pas exercer du pouvoir sur toi que de t’interdire les libres choix que tu pourrais faire. Je sais aussi qu’en te laissant exercer cette liberté d’être tu peux être auprès de moi la soumise épanouie que je prends plaisir à dominer.

A suivre...

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