Guide d'évaluation à l'usage de la soumise (fin)

Dernier volet de ce guide...

RUBRIQUE 2 - Le fonctionnement de la relation

H / Ton rapport mental à la douleur.

G : C’est l’éternelle question, je me la pose depuis toujours.
Difficile d’y répondre, la douleur physique n’est pas un plaisir en soi, la meilleure preuve, c’est que je ne l’apprécie qu’avec certaines personnes avec qui j’ai aussi un rapport affectif.
Pour autant, s’il n’y avait aucun plaisir physique, je n’y retournerai pas…
J’ai longtemps pensé que j’acceptais cette douleur juste pour satisfaire le Maître, je sais aujourd’hui que ce n’est pas la seule raison, qu’il y a bien quelque chose d’attirant derrière cette douleur.
Je crois que je me sens vraiment soumise dans ces moments là, me livrant au supplice en toute lucidité, tels les premiers martyrs chrétiens transcendés par leur foi.

BDSM

M: Foi et BDSM, nous retrouvons Eloise et Abelard………. Effectivement, je pense aussi que de supporter la douleur, par choix librement consenti, te confirme pleinement dans ta soumission, en quelque sorte cela te fait vivre plus intensément et surtout exprimer ce que tu ressens profondément à l’intérieur de toi.
C’est donc bien cela : un acte de foi, un credo « je souffre, j’accepte ma souffrance, donc j’existe pleinement en tant que soumise » !
A un autre niveau, c’est peut être aussi une forme de « lâcher prise » d’avec le quotidien, une manière de pénétrer dans un autre univers, la douleur devient alors comme un « passe » qui permettrait de franchir une porte.
Pour arriver parfois dans ce fameux subspace dont l’existence peut constituer l’une des raisons qui justifie probablement que tu acceptes « d’y retourner ».
Comment alors provoquer cet état en infligeant de la douleur ?
Il s’agit de lancer progressivement la production d’endorphines et autres substances chimiques par le corps, puis d’augmenter par paliers successifs cette production en intensifiant la douleur infligée, ce qui fait pénétrer de plus en plus profondément la soumise dans un état psychologique très particulier qui vient abolir la conscience de ce qui l’entoure et qui lui permet alors de se focaliser uniquement sur ses sensations.
Tout le paradoxe pour moi est là, dans cette douleur qui au lieu d’être rejetée puisqu’elle fait souffrir, va provoquer un autre état de conscience, une évasion des perceptions ordinaires pour entrevoir peut être un univers bien différent de celui que nous percevons dans notre quotidien.
Nous versons là de nouveau directement dans le religieux pris au sens le plus large du terme.
Et c’est vrai que toutes les formes de religions des plus primitives depuis l’origine de l’humanité, jusqu’aux plus modernes ont toujours développé des formes de pénitence par mortification du corps afin de permettre à l’esprit de s’évader de son enveloppe charnelle. Une forme de quête mystique.
Même si le parallèle pourrait en choquer plus d’un, je crois qu’avec le subspace nous pratiquons le même genre de recherche : infliger la douleur librement consentie pour provoquer l’arrivée dans le cerveau de ces fameuses substances chimiques, qui vont profondément modifier l’état de conscience de la soumise.
A un instant donné celle-ci ne va plus réagir à l’augmentation de la douleur, au contraire elle va continuer à s’évader encore plus loin dans cet univers qui n’est alors plus fait que de sensations et de perceptions extracorporelles.
Un des paramètres à maîtriser par le Dominant pour permettre à sa soumise d’entrer pleinement dans cet état de subspace est bien sûr de susciter chez elle une totale confiance. Elle doit être intimement persuadé qu’il saura gérer la situation quoi qu’il advienne.
Le fait pour elle de savoir que son Dominant est entièrement responsable de son bien être émotionnel mais également physique est la condition incontournable pour la réalisation du fameux « lâcher prise » que j’évoquais plus haut.
Il revient pleinement au Dom d’évaluer en permanence la situation en observant attentivement sa soumise à travers chacune de ses réactions, pour savoir à quel moment il convient d’arrêter l’expérience, je ne veux pas parler ici de jeux, afin de la ramener doucement dans le réel.
Moment d’une grande intensité partagée pour tous les deux.

I / Ton rapport physique à la douleur, analyse, par exemple, tes ressentis au cours d’une « flagellation », j’appelle « flagellation » les corrections fortes que tu peux recevoir parfois.

G : Il n’est guère plus aisé de répondre à cette question qu’à celle portant sur le rapport mental.
Je me suis souvenue qu’enfant, je grattais mes écorchures parce que la douleur que cela provoquait me plaisait. Cela veut il dire que la douleur peut être jouissive ? Je ne sais pas exactement, mais il est sûr que les coups déclenchent de l’endorphine qui donne un sentiment de bien être évident. Passé la période de « chauffe », je ressens plus finement leurs impacts sur mon corps, je les anticipe, je joue avec.
Certains, plus violents que les autres se dispersent quelques infimes secondes dans ma chair avant de s’éteindre, et j’aime cette sensation.

M: Je retrouve dans ta description « l’échange » que représente à mes yeux une correction dans ces conditions.
Je t’observe et je m’adapte à tes réactions, je sais moi aussi qu’il convient de bien gérer la « période de chauffe » car c’est d’elle que dépend toute la suite des évènements. Elle est indispensable pour que tu entres vraiment dans l’action.
Passé ces premiers moments alors je peux réellement commencer à jouer avec ton corps. Je dose et j’alterne la force des coups, je te vois bouger sous mes instruments et je comprends ce que tu ressens. Il me faut te diriger mais en même temps te laisser pleinement t’exprimer. Je me sens un peu chef d’orchestre et nous sommes tous les deux profondément en lien, nous échangeons des sensations à travers un objet et cela peut parfois devenir très fort lorsque la magie aussi vient répondre présente au rendez vous.

J / Quel est ensuite ton rapport à la douleur dans nos jeux privés.

G : Ils relèvent bien plus du ressort du mental que du physique.
Lorsque vous me frappez, vous prenez possession de mon corps, vous décidez de la nature et de l’intensité de ma douleur. Je ne suis que l’objet de votre plaisir du moment et totalement soumise à vos envies. Je n’éprouve ce sentiment qu’avec vous.

M: En ce qui me concerne, je ne vois guère de différences entre public et privé, en fait je crois que nous entrons tous les deux dans notre petite bulle et que nous ne faisons plus alors vraiment attention à ce qui nous entoure.
Mais s’il est vrai bien sûr que les jeux privés favorisent une plus grande intimité partagée, le cadre public apporte aussi une sorte de « formalisme » qui permet de créer une ambiance plus « studieuse », l’environnement étant alors propice pour entrer dans un univers probablement différent de celui que nous créons en privé.
Donc j’aime les deux…….
P.S : En public la soumise dissipée que tu es parfois en privé retrouve tout son sérieux...(sourire)

RUBRIQUE 4 - Les punitions

A / Donne ta vision de la fessée aujourd’hui.

G: Un plaisir sensuel que j’aime partager seulement avec vous.
La position, lovée contre vous, vos mains que je sens sur ma peau en font un moment privilégié, souvent très tendre.
Si d’aventure, un ou une autre vient se joindre à vous, la fessée reste une pratique que j’aime, le contact charnel lui donnant une dimension très intime. Les rougeurs et le feu qu’elle provoque font également partie du plaisir.

M : Pas d’autre commentaire, nous ne nous en lassons jamais tous les deux !
Un jour j’ai entendu un de nos amis dire en cette occasion à quelqu’un qui nous regardait dans une soirée : « Et il peut la frapper comme ca pendant des heures!... »
Oui oui, il peut le faire ! ! !

B / Le carnet de punitions de tes débuts, aurait-il encore un sens à tes yeux ?

G : Cela dépend. S’il s’agit seulement de jeu, je ne crois pas. S’il a une véritable vertu pédagogique, je pense qu’il peut être un bon support d’éducation.

M: Effectivement je pense que nous pouvons encore lui donner du sens et qu’il peut aller bien au-delà du simple jeu.
A nous de réinventer les choses, de leur donner une nouvelle approche. Je crois que ce qui est important c’est de faire des choix communs sur ce que nous entendons faire vivre au quotidien dans notre relation. Ce n’est pas parce que nous avons déjà expérimenté quelque chose dans le passé, que nous ne pouvons pas aujourd’hui réutiliser la même idée en la remettant au goût du jour, en l’adaptant à nos évolutions.
Cela me fait un peu penser à une pièce de théâtre que l’on regarderait. L’on sait bien que ce sont des acteurs qui jouent un rôle, pourtant l’on est pris par l’action et dés lors l’on partage quelque chose avec eux.
Nous pouvons nous aussi entrer dans un rôle et y trouver beaucoup de plaisir.

C / Penses-tu que les punitions pour corriger certains comportements de la soumise soient justifiées.

BDSM

G : Oui, je le crois, du moins pour certaines. Je pense surtout aux oublis récurrents, une punition peut alors marquer la soumise (dans les deux sens !) et l’amener à ne plus oublier ses obligations.

D / La privation d’attention : Que penses-tu de cette pratique en tant que dispositif de contrainte de la soumise.

G : C’est terrible comme punition !
Il faut une faute vraiment grave car c’est vraiment très perturbant, et en tout cas, avertir de la sanction, sinon c’est le drame assuré ! (Souvenez vous de R…….. !)

M: En fait la privation d’attention est très intéressante car elle remplit une double fonction : d’abord bien sûr elle sanctionne un comportement inadaptée de la part de la soumise, donc elle a des vertus pédagogiques, ensuite elle offre au Maître un temps de récupération souvent bienvenu, en n’ayant plus à s’occuper de sa soumise, il peut enfin se détendre tranquillement l’esprit en paix...et sans être dérangé par des sollicitations permanentes ! ! ! (sourire !)
Conclusion : la privation d’attention c’est bien !

E / Pour toi, quel rôle attribuer aux punitions.

G : A mon sens, elles n’en ont qu’un et il est pédagogique. Car à quoi sert une punition s’il n’y a pas d’intention derrière d’obliger la soumise à progresser. Pour certains, peut être, celui de se défouler ; si c’est le cas, c’est faire preuve de bien peu de maîtrise et de beaucoup d’ignorance, mais ce n’est pas votre manière de faire, de toute façon...

M: Tu sais tout mon attachement à l’aspect pédagogique de la relation Dom/soumise.

RUBRIQUE 5 – Ton expérience de soumise.

La soumise en stage chez son Maître.
Le souvenir que tu gardes, avec le recul, de cette expérience, et la vision que tu portes aujourd’hui sur ce que nous avons vécu ensemble.
Penses-tu qu’un stage de ce type pourrait maintenant t’apporter quelque chose ? Si oui, quoi ?
Si oui, comment imagines-tu le déroulement d’un stage par rapport à l’évolution qui est la tienne depuis cette première expérience.
Que souhaiterais-tu y trouver.

G : Quel souvenir ! Excellent et très formateur, je ne m’attendais pas à le vivre aussi pleinement, je pensais à un jeu, il n’en a rien été. Nous nous sommes l’un et l’autre plongé dans notre univers, loin de tout, et nous l’avons vécu intensément.
L’absence de regards extérieurs m’a permis de me lâcher et de découvrir que je pouvais prendre du plaisir à vivre ma soumission telle que je la ressens au fond de moi, c'est-à-dire en permanence.
Bien entendu, il est impossible de vivre cela au quotidien, et c’est son caractère exceptionnel qui lui a donné toute sa substance.
Je pense que ce genre de stage, effectué de temps en temps, permettrait de vivre notre relation D/s débarrassée des contingences du quotidien et de pouvoir expérimenter de nouveaux domaines sans avoir d’autres préoccupations que le plaisir de partager ce moment et d’y prendre du plaisir.
Je ne doute pas qu’il serait aussi pour moi une manière d’avancer encore sur le chemin de la soumission.
Je n’ai pas d’idées à priori de la façon dont ce stage pourrait se dérouler, ni sur son contenu, je pense même que le fait de tout ignorer entretient un mystère propice aux fantasmes et suffisamment déstabilisant pour qu’il m’oblige à donner le meilleur de moi-même.
J’aimerais simplement qu’il me donne l’occasion d’explorer des facettes de la soumission que je ne connais pas ou que j’ai peu l’habitude de rencontrer. Je crois que c’est la multiplicité des expériences qui enrichit et aide à se découvrir vraiment. J’en veux pour preuve le dernier stage, où le fait d’être confinée dans une niche, ne pouvant parler et attendant votre ordre pour en sortir, m’a permis de me sentir totalement sous contrôle, ce qui n’arrive en général que de rares fois et sur un temps très court.

M: Je garde l’envie très forte de te réorganiser un stage dans un lieu inconnu pour revivre toutes ces sensations que tu évoques si bien.

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