Et de six !

Je vous avais promis un article sur les relations BDSM qui durent : l'anniversaire de celle qui m'unit à mon Maître depuis six ans m'en donne l'occasion, parlons-en, donc...

dépendance

Il faut bien le reconnaître, les relations durables dans le BDSM sont plutôt rares. Les seules que je connaisse ne concernent que des couples mariés mais c'est un autre sujet que j'aborderai sans doute une autre fois.

On peut s'étonner de la fugacité d'une telle relation, pourtant intense au demeurant et qui demande de bien se connaître pour apporter les bienfaits qu'on attend d'elle.

S'il y a sans doute moult explications liées au vécu de chacun, j'en retiens deux plus générales qui me semble cohérentes si l'on analyse le caractère particulier de l'esprit BDSM.

Ce qui réunit un Maître et sa soumise a quelque chose de magique. Car comment expliquer rationnellement l'attachement, le sentiment d'appartenance, le fantastique pouvoir qu'ils exercent l'un sur l'autre sans être mariés (ensemble) et parfois même, en l'étant ailleurs ?
C'est que la cérébralité prend le pas sur la raison, que l'imagination gouverne les sens. La soumise ne voit pas l'homme, ce qui lui importe, c'est ce qu'il représente : la force, la sagesse, l'autorité bienveillante... Le Maître ne voit pas la femme, mais l'être qui s'est abandonné à lui, la docilité, la fidélité.

Et c'est là que les choses se compliquent...

Combien de fois ai-je entendu des soumises, fraîchement engagées auprès d'un Dom, le parer de toutes les qualités pour se rendre compte quelque temps plus tard qu'il ne correspondait en rien à leur attente.
Les soumises imaginent généralement le Maître tel qu'elles voudraient qu'il soit. La plupart des Doms le savent et le jeu de « séduction » commence. Si malheureusement, et c'est souvent le cas, il n'est pas conforme à ce qu'elles espèrent, le temps passant, la déception s'installe... et c'est la fin de l'histoire.

attachement

C'est une des raisons, et sans doute la plus courante qui explique la brièveté des relations BDSM.

Mais si, par bonheur, on trouve son alter égo, le problème n'est pas résolu pour autant.
Je parlais de la place de l'imaginaire tout à l'heure : la soumise comme le Maître ont besoin de rêver.
Ils se créent un monde à eux, ils échangent des allégories, enrichissent leurs vies par des actes, des mots, des ambiances qui leur sont propres.
Et ces représentations s'accommodent mal du quotidien. La routine devient leur pire ennemi.
Il faut alors sans cesse relancer l'envie, imaginer des situations, des scénarii, se nourrir de l'expérience des autres, pour ne pas devenir des amants conventionnels et de voir au fil du temps s'appauvrir puis mourir la relation BDSM.

Tout cela est plus facile dire qu'à faire, surtout lorsque l'on est amené à se rencontrer de façon régulière. Subrepticement, les petits évènements quotidiens viennent aussi s'installer dans un couple D/s comme ils le font dans un couple classique et le risque est grand qu'ils finissent par phagocyter la relation si l'on n'y prend pas garde.
Le Maître voit alors pâlir son aura, la soumise ne retrouve plus en lui ce qui était l'essence même de leur rapport et ils basculent dans l'ordinaire.

L'esprit BDSM est exigeant et ne ne peut se contenter de banalité. Aussi est-il important pour un couple D/s qui dure de s'attacher à faire vivre leur relation et conserver la magie, le sel de leur union. Certains penseront sans doute que le fait d'être profondément Maître ou soumise suffit à la pérenniser. Je crois que non, et que si, en effet, on reste fondamentalement ce que l'on est, les rapports BDSM doivent s'entretenir, à l'instar des rapports amoureux d'un couple classique.

Je profite donc de l'occasion pour remercier mon Maître qui, depuis toutes ces années, a toujours été attentif, autant par le mental que par les situations qu'il met en place, à maintenir éveillée en moi l'envie d'être sa soumise et vivre notre BDSM sereinement tout en conservant le petit grain de folie qui est le nôtre.

Merci, Maître.

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