La malepeur

J’avais les yeux bandés et je n’entendais rien
Que le son de sa voix qui murmurait tout bas
Des mots doux et cruels qui me faisaient frémir…

J’avançais, titubante, entravée par ses liens
Vers un lieu inconnu, silencieuse et docile
Son souffle dans mon cou apaisant mes frayeurs…

Il a fermé la porte et j’ai senti l’odeur
Ce parfum de salpêtre, ces relents de cachot,
Et le bruit de ces chaînes attachées à mon cou…

J’ai attendu longtemps, tremblant dans l’ombre froide
Que sa main rassurante vienne réchauffer mon corps
Mais les heures ont passé sans entendre ses pas…

Puis la porte a grincé et l’on m’a emmenée
J’aurais voulu hurler car ce n’était pas Vous
Pourquoi m’abandonner, pourquoi m’abandonner ?

Traînée dans les couloirs, bousculée, malmenée
Comme un chemin de croix, martyr consentante
Libérée de mes cordes, au milieu du néant…

Le foulard sur mes yeux a été retiré
Dans l’éclat de la lampe, je Vous ai aperçu
Souriant, immobile, et le fouet à la main…

Mon cœur a résonné de Vous voir si beau
Moi fragile silhouette face à un tel bourreau
Victime volontaire de vos envies perverses…

Pas un son n’est sorti quand Vous avez frappé
Je préfère la douleur à l’absence de Vous
Un sourire sur les lèvres, je me suis effondrée…

3 juillet 2006

Liens-secrets

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