L'ABCécédaire du BDSM : B

Un abécédaire à quatre mains, celles d’un Dom et d’une soumise, pour échanger quelques pensées sur le sujet…

Maître :

B comme Branding. J'aurais pu choisir B comme Bondage, j'y ai d'ailleurs songé un moment, mais finalement lorsqu'il m'a fallu choisir j'ai préféré me décider pour le B de Branding.

Pourquoi alors que le bondage éveille de si jolies images dans mon imaginaire, des moments qui continuent à me faire rêver longtemps après qu'ils se soient achevés, pourquoi alors opter pour Branding, alors même que ce mot pourrait apparaître pour trop proche du B de Barbare ?
Pour faire un peu d'histoire, il convient de rappeler ici que le marquage au fer rouge n’est pas une pratique récente, et qu'il n'est bien sûr à l'origine pas du tout lié à l'univers BDSM.
Dans l'Antiquité Romaine, les condamnés étaient marqués sur le front avec un fer rougi pour qu'ils gardent la trace de leur crime à vie et que celle-ci soit visible de tous. Ensuite, ils furent marqués sur les jambes ou les mains. Sous l'Ancien Régime, la trace représentait une fleur de lys, qui fut ensuite remplacée par des lettres. Ainsi, on utilisait le V pour "voleurs", GAL pour "galérien", TP pour "travaux forcés à vie", T pour les condamnés dans un temps limité et le F pour les faussaires.
Le marquage pouvait être effectué en public, offrant un véritable "spectacle" à la foule. Ce type de peine fut aboli en 1791, pour être rétabli sous l'Empire en 1806 et enfin être aboli définitivement en 1832.

A partir de ce marquage au fer rouge, initialement donc destiné à stigmatiser un individu pour le désigner comme un paria, et donc l'exclure du groupe, le BDSM, ainsi d'ailleurs que d'autres cercles, a fait un acte initiatique visant à matérialiser une appartenance ; le Baiser de feu.
Curieux retournement des choses qui donne à une action et au sens qui lui est attaché, une symbolique totalement opposée à celle qu’elle avait initialement.
Il devient alors un acte symbolique signant une appartenance définitive à une personne, mais également le témoignage d'une adhésion à un univers. Pour le dominant, elle incarne la propriété de la soumise ainsi que le pouvoir absolu qu’il exerce sur elle. Pour la soumise c’est signe d’appartenance et d’une dépendance à l’autre :"Par la marque, je témoigne que mon corps n'est plus tout à fait le mien, qu'il appartient à l'autre".
C'est cette symbolique extrêmement forte du baiser de feu qui m'attire et me fascine.
Cette cérémonie unique par sa force, qui unit la soumise et son Maître dans un moment d'une rare intensité, revêt à mes yeux une importance toute particulière, puisqu’il témoigne d'une acceptation totale et d'un don de soi qui se matérialise à travers une souffrance vécue par la soumise.
La personne dominée témoigne ainsi de son indéfectible attachement, mais aussi de sa profonde motivation en vue de satisfaire son Dominant, tout en revendiquant auprès des autres sa condition.

SE FABRIQUER UN CORPS
En devenant un sujet incarné et plus seulement un individu corporel, l’engagement corporel est plus intense, au point de rechercher dans la marque obtenue par l’expérience extrême et risquée un mode de valorisation. La fabrique de son corps place le sujet incarné devant à la fois l’obligation sociale de sculpter ses formes pour se conformer à la norme sociale et la recherche de modes de satisfaction narcissiques.
Là où l’automutilation cherche à retourner en une trace de la violence subie, la condition de victime devient un mode de revendication identitaire du sujet incarné : la marque subie se fait désirable, moins par masochisme que par la découverte de l’épreuve corporelle comme le parcours nécessaire pour se fabriquer une identité sensorielle et vécue. Contre la normalisation de l’individu par le corps social, le sujet incarné veut vivre son corps comme le moyen d’être ses cicatrices, ses traces et ses marques.
L’expérience corporelle transforme la marque en référent d’individuation, en signant sur le corps l’histoire du sujet. Le récit des corps va au-delà du récit de soi, en incarnant une expérience soit à même la peau tannée, blessée ou modifiée, soit dans la chair intime qui échappe au langage corporel qui tente de la décrypter. Le sujet incarnant ses marques assume son identité moins comme une revendication contestataire que comme une action remarquable d’existence.
(Tiré de l’ouvrage « Du body art à la chirurgie esthétique » de Bernard Andrieu Philosophe du corps, professeur en épistémologie du corps et des pratiques corporelles à la Faculté du sport de Nancy-Université UHP, et chercheur au sein du groupe “Action, culture et corps dans les pratiques sportives” (ACCORPS)/LHPS Archives Poincaré. Il a récemment édité Le dictionnaire du corps en sciences humaines et sociales (Paris, CNRS, 2006) et anime le “blog du corps” : http://leblogducorps.)

Soumise :

Après une telle description, je ne sais que dire… Mais je vais me lancer quand même, modestement.
B comme Bondage...
Ces liens qui contraignent plus ou moins sévèrement et place la soumise dans une position de total abandon, qui, incapable de se mouvoir, dépend entièrement du bon vouloir de son Maître. Situation exquise, dans la mesure où elle a une totale confiance en lui et en ses capacités à assurer sa sécurité. En effet, le « ligotage » d’une soumise n’est pas un acte anodin : points de compression, perte d’équilibre, gêne respiratoire, problèmes musculaires, anxiété… les risques sont multiples et demandent de la part du Dominant une grande vigilance et une bonne connaissance de sa partenaire.
Mais parlons aussi de l’aspect esthétique : si les bondages japonais (shibari) donnent de fort beaux résultats, certains autres peuvent se révéler bien peu « décoratifs » et transformer la soumise en gigot mal ficelé ou en petit-cochon-pendu-au-plafond s’il s’agit d’une suspension. Inutile d’en rajouter, les sites fourmillent de ces présentations pour le moins désavantageuses, véritable insulte aux artistes de la corde en chanvre dont je vous invite à admirer les œuvres sur ce site : http://shibariartphotography.com

A suivre...

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