L'ABCécédaire du BDSM : K

Un abécédaire à quatre mains, celles d’un Dom et d’une soumise, pour échanger quelques pensées sur le sujet…

K comme...

Alors là, c’est la page blanche, ce K ne m’inspire rien. Et pourtant, en naviguant sur la toile, me vient soudain une idée : Et pourquoi pas le Kâmasûtra ?
Tout le monde le connaît, du moins a entendu parler des 64 fameuses positions (et non, 69, comme le pensent certains). Je me suis donc mise à la recherche de ce qu’il était vraiment, et ce que j’en ai découvert m’a donné envie de le partager avec vous.
Quel rapport avec le BDSM ? Et bien, lisez, et vous verrez alors que, selon Vâtsyâyana, les chemins qui mènent au plaisir passent aussi par des pratiques que nous connaissons bien…

Le Kâmasûtra ( de Kâma, « le désir[1] », et sûtra, « l’aphorisme », soit littéralement « les aphorismes du désir ») est un recueil indien écrit entre le Vème et le VIIème siècle et attribué au philosophe brahame Vâtsyâyana, dont on pense qu’il a compilé plusieurs livres écrits par ses prédécesseurs.

bdsm jeu

Bien que les 64 positions aient fait la popularité de l'ouvrage, le Kâmasûtra est d’abord un manuel d'éducation qui aborde tous les thèmes de la vie commune, doublé d'un document social sur la cour, la séduction, le mariage et les relations dans la société hindoue.

Destiné à l’origine aux hommes et aux courtisanes, il donne une nouvelle dimension en instruisant aux femmes l'art de la séduction, et en indiquant aux hommes qu'ils ne devaient pas être tenu uniquement à la seule relation sexuelle, mais que la maîtrise des baisers, morsures ou autres griffures jouent un rôle important dans l'acte amoureux.

L’ouvrage est composé de 7 parties, elles-mêmes déclinées en chapitres :

Partie 1/ Sadharana (questions générales)
Partie 2/ Samprayogika (de l’union sexuelle, que je vais développer)
Partie 3/ Kanya Samprayuktaka (union du mâle et de la femelle)
Partie 4/ Bharyadhikarika (sur sa propre épouse)
Partie 5/ Paradarika (sur les épouses d'autrui)
Partie 6/ Vaisika (sur les courtisanes)
Partie 7/ Aupamishadika (sur les arts de la séduction, les médecines toniques, etc.)

Venons en maintenant à la partie qui nous intéresse : Samprayogika

Ch 1 : Les différentes sortes d’union :

nature soumise

Ou quel type de rapport sexuel selon la taille du sexe des partenaires, la force du désir et le choix du moment de l’acte.
Petit extrait : Ce qui est dit dans ce chapitre au sujet de l'union sexuelle est suffisant pour l'homme instruit; mais pour l'édification de l'ignorant, ce même sujet va être maintenant traité au long et en détail et à leurs femmes. Une foule d'hommes sont dans la plus complète ignorance des sentiments de leur femme, et ne s'inquiètent nullement si elle est bien ou mal disposée. Pour posséder à fond le sujet, il est absolument nécessaire de l'étudier; on saura alors que, comme pour faire du pain il faut préparer la pâte, de même il faut préparer sa femme pour le commerce sexuel, si on veut qu elle en tire satisfaction.

Ch 2 : L’embrassement :

C’est dans ce chapitre que sont évoquées les 64 positions.

Ch 3 : Le baiser :

Quand, comment et où faut il embrasser.
Extrait : A l'occasion du premier congrès (le congrès étant l’acte sexuel), il faut user modérément du baiser et des autres pratiques ci-dessus mentionnées, ne pas les continuer longtemps, et les alterner. Mais, aux reprises suivantes, c'est le contraire qui est de saison, et la modération n'est plus nécessaire; on peut les continuer longtemps et, afin d'attiser l'amour, les exercer toutes à la fois.

Ch 4 : La pression, ou marque, ou égratignure avec les ongles :

Selon le Kâmasûtra, les griffures sont d'excellents préliminaires. L'excitation des zones érogènes y est décuplée. En Inde, à l'époque de Vâtsyâyana, les marques de griffe suscitaient l'admiration, parce qu'elles signifiaient que la personne qui les portait était aimée. Et cela n'était pas réservé aux femmes. Les hommes aussi pouvaient fièrement arborer ces signes d'une ardente passion. Les griffures peuvent être très différentes selon l’endroit du corps griffé, et la forme donnée aux marques. On trouve ainsi : la griffe du tigre, la patte de paon, la feuille de lotus bleue… et bien d’autres.

Ch 5 : La morsure, et des moyens à employer à l'égard des femmes de différents pays :

nature soumise

La morsure, dans le Kâmasûtra n’a pas pour intention de blesser ou de faire mal, mais bien d'exprimer à la fois désir et excitation. De ce fait, une morsure doit à peine laisser de légères marques sur les muscles du compagnon. Selon Vâtsyâyana, ces morsures seraient également une sorte de "Marquage", en effet, la personne mordue porterait, même si ce n'est que pour quelques instants, une marque indiquant que l'autre personne la "possède". Elles portent de bien jolis noms selon la manière dont elles sont pratiquées : Le nuage brisé, la morsure du sanglier, le corail et le joyau…

Ch 6 : Les différentes manières de se coucher :

Un petit extrait vaut mieux que de longs discours : Lorsque la femme lève ses deux cuisses toutes droites, cela s'appelle la position levante. Lorsqu'elle lève ses deux jambes et les place sur les épaules de son amant, cela s'appelle la position béante. Lorsque les jambes sont contractées et maintenues ainsi par l'amant devant sa poitrine, cela s'appelle la position pressée.

Ch 7 : Les différentes manières de frapper :

Ce chapitre explique les conditions et la façon de frapper.
Un petit extrait que j’ai trouvé amusant : Aux quatre manières de frapper mentionnées plus haut, on peut ajouter l'emploi du coin sur la poitrine, des ciseaux sur la tête, de l'instrument perçant sur les joues, et des pinces sur les seins et les côtés, ce qui donne en tout huit manières. Mais ces quatre manières de frapper avec des instruments sont particulières aux gens des contrées méridionales, et l'on en voit les marques sur les seins de leurs femmes. Ce sont des particularités locales, mais Vâtsyâyana est d'avis que la pratique en est douloureuse, barbare, vile, et qu'elle n'est pas du tout à imiter.

Ch 8 : Des femmes qui jouent le rôle de l’homme et du travail de l’homme

nature soumise

Ce chapitre aborde la manière dont une femme doit exciter un homme (En particulier lorsqu’il s’agit de lui redonner vigueur) ou, à l’inverse, lorsqu’elle souhaite réfréner ses ardeurs. Il explique aussi le rôle de l’homme pendant l’acte sexuel.
Extrait : Les signes de jouissance et de satisfaction de la femme sont les suivants : son corps se relâche, elle ferme les jeux, oublie toute pudeur, et montre un désir croissant d'unir les deux organes aussi étroitement que possible. D'un autre côté, voici les signes auxquels on reconnaît qu'elle ne jouit pas et n'est pas satisfaite : elle choque ses mains, ne laisse pas l'homme se lever, semble abattue, mord l'homme, le frappe, et continue à s'agiter après que l'homme a fini.

Ch 9 : Le congrès bucal

Ou l’art de la fellation, défendue aux femmes mariées, elle est réservée aux eunuques, aux femmes libertines et aux courtisanes. Sa pratique diffère d’une région à l’autre de l’Inde. Toutefois, la bouche de la femme étant considérée comme malpropre, certains s’en abstiennent, ce à quoi répond Vâtsyâyana :
…De même un chien est propre lorsque à la chasse il s'empare d'une biche, quoique la nourriture touchée par un chien soit d'ailleurs considérée comme très malpropre. Un oiseau est propre quand il fait tomber un fruit d'un arbre en le becquetant, quoique les objets mangés par des corbeaux ou autres oiseaux soient considérés comme malpropres. La bouche d'une femme, aussi, est propre pour donner ou recevoir des baisers, et pour d'autres actes semblables au moment du commerce sexuel. Vâtsyâyana, en fin de compte, estime que, dans toutes ces matières d'amour, chacun doit agir conformément aux usages de son pays et à sa propre inclination.

Ch 10 : Début et fin d’une union sexuelle :

Ou comment se comporter avant et après l’amour…
Extrait : A la fin du congrès, les amants, avec modestie et sans se regarder l'un l'autre, iront séparément au cabinet de toilette. Ensuite, assis à leurs mêmes places, ils mangeront quelques feuilles de bétel, et le citoyen appliquera de sa propre main sur le corps de la femme un onguent de pur santal ou de quelque autre essence.

Pour terminer, un extrait résumant les vertus de la connaissance en matière de séduction, tant sur le plan social que personnel, selon Vatsyayana :

Un homme qui emploie les soixante quatre moyens indiqués par Babhravya atteint son but et s'assure la jouissance d'une femme de la plus haute qualité. Il aura beau disserter savamment sur d'autres sujets, s'il ne connaît pas les soixante-quatre divisions, il n'obtiendra que peu d'estime dans l'assemblée des lettrés. Un homme, dépourvu d'autre savoir, mais bien au courant des soixante-quatre divisions, aura la prééminence dans toute société d'hommes et des femmes. Comment ne pas respecter les soixante-quatre parties, si l'on considère qu'elles ont le respect des lettrés, des savants et des courtisanes ? C'est à raison de ce respect attaché aux soixante-quatre parties, du charme qu'elles possèdent et des mérites qu'elles ajoutent aux attraits naturels des femmes, que les Acharyas les appellent chères aux femmes. Un homme versé dans les soixante-quatre parties est chéri de sa propre femme, des femmes des autres et des courtisanes.

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