Le BDSM : une mode ?

Les temps changent : fini le BDSM élitiste et raffiné, réservé à une catégorie d'initiés bon chic bon genre. Il se démocratise et je ne sais s'il faut s'en réjouir ou pas.

La mode un bon indicateur de l'évolution des moeurs de notre société. Les années 60 et la libération sexuelle ont vu les jupes se raccourcir, l'activité professionnelle des femmes a amené les créateurs à proposer des vêtements pratiques et confortables.
Dès lors, que dire de notre époque, où, alors qu'on assiste à un retour au puritanisme dans les discours et qu'on recouvre les seins sur les plages, la mode s'oriente vers le glamour, offrant aux addicts du fashion branché des accessoires clairement orientés SM.

fashion sm

Ainsi, les sacs Vuitton s'ornent de cadenas et autres chaînes, Dinh Van, célèbre joailler de la place Vendôme propose un bracelet en forme de menottes, et les créateurs tels que Mugler ou Mac Queen (entre autres) habillent leurs mannequins de tenues à faire pâlir d'envie les Dominas.

L'actualité cinématographique n'est pas en reste puisque devrait prochainement sortir le film « Sévère », retraçant l'histoire de la mort du banquier Stern lors d'ébats sadomasochistes et côté musical, le clip de Rihana, S&M fait un carton sur Youtube.
Ce style n'est cependant pas réservé à l'élite et certaines boutiques de bijoux fantaisie, plutôt fréquentées par les jeunes, proposent eux aussi colliers et autres accessoires fetish.
Les soirées grand public, telles que la Nuit élastique ou la Nuit Démonia ainsi que les clubs proposant des soirées SM attirent aujourd'hui une population de tous âges, désireuse de découvrir de nouvelles sensations, loin des standards classiques.

Le sociologue Pascal Monfort, qui s'est penché sur le sujet, apporte une explication à cette évolution de notre société. " Plus une époque est lisse et marquée d'interdits, plus les gens ont envie d'être dans la transgression ".

On peut en effet penser que dans un contexte économique morose et à l'heure où les fanatismes religieux tentent d'imposer leurs interdits et leur vision conservatrice de la femme et du couple, le jeu érotique « subversif » peut être une manière de s'affranchir d'un quotidien terne et difficile à gérer.

J'observe quant à moi, deux conséquences de cette transformation des moeurs :
D'une part les sites de rencontre BDSM regorgent désormais d'annonces à caractère essentiellement sexuel, les pratiques de Domination/soumission ne servant qu'à provoquer le désir, d'autre part l'âge des membres, de plus en plus jeunes.

menottes

Si je ne trouve rien de choquant à ce que certains utilisent le bdsm pour s'exciter (Bien que cela ne facilite pas les recherches pour les puristes !), je trouve quelque peu inquiétant de voir de jeunes gens s'engager dans ces pratiques, d'autant que la plupart d'entre eux prétendent vouloir vivre une relation D/s.

Je pense que cette relation n'est pas banale et qu'elle engage un cheminement mental qui exige une certaine connaissance de soi et des autres. Je sais aussi, par expérience, qu'on ne sort pas facilement de ce type de relation lorsque l'on y a goûté.
Cette orientation sexuelle, conditionnée par la mode, me parait dangereuse, ces jeunes ne mesurant pas l'impact que cela peut avoir sur leur vie.

Notre société de consommation génère du facilement accessible, du rapide, du jetable.
Il ne peut en être ainsi des relations humaines. Alors jouons, mais interrogeons nous sur les règle du jeu et sur les conséquences de celui-ci.

Un collier peut être un accessoire de mode, mais il peut aussi représenter bien autre chose.

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