L'école de dressage 2

Celui qui venait de la détacher était l’homme en uniforme qui les avait accueillis tout à l’heure. Tenant sa laisse, il lui fit traverser plusieurs pièces pour arriver dans un couloir sur lequel donnaient trois portes aux barreaux métalliques. Il poussa la première et elle vit la cellule que fermait cette lourde porte. Il n’y avait rien d’autre qu’un bat-flanc fixé au mur.
Il la poussa à l’intérieur et d’une voix dure lui intima l’ordre de rester debout au milieu de la cellule.
Elle l’entendit s’éloigner et elle resta seule, écoutant des bruits lointains qu’elle ne pût identifier.
Son geôlier revint, portant un sac dont il sortit une blouse grise. Il détacha ses mains toujours liées, « Déshabille –toi » commanda t-il. Elle s’exécutât tel un somnambule et se retrouva très vite nue. Il la fit sortir dans le couloir et marcher devant lui puis se tourner et revenir vers sa cellule.
En passant devant lui, honteuse, elle baissa les yeux. Il lui tendit la blouse et la lui fit enfiler.
« Interdiction de t’allonger, tu t’assois sur le bat-flanc, mains posées à plat sur les cuisses et tu attends immobile ».
Il sortit et referma la porte à clé. Le couloir était seulement éclairé par une ampoule nue qui dispensait une lumière blafarde. Elle se sentit perdue dans cet environnement hostile qu’elle ne connaissait pas.

Abandonnée !... l’idée revint à son esprit, elle était abandonnée. Elle lutta contre l’angoisse qui l’étreignait de plus en plus fort. Soudain elle entendit des pas et la porte s’ouvrit. Une femme grande au visage sévère et toute vêtue de noir se tenait dans l’entrée. D’un ton ferme elle l’interpella : « Suivez moi ».
Elles traversèrent de nouveau plusieurs pièces pour arriver dans un bureau vaste et austère. Celle qui était venue la chercher s’installa dans un fauteuil de cuir derrière le bureau et lui dit alors de s’avancer.
Elle prit la parole : « Vous venez d’arriver dans ma maison de correction. A la demande de votre Maître vous allez effectuer un séjour chez nous. Il vous est reproché votre manque d’obéissance depuis plusieurs semaines. L’heure est donc venue pour vous de subir le juste châtiment que justifient vos nombreuses incartades. Il n’est donc plus question de discuter, diane, mais bien d’expier vos fautes. Nous allons employer avec vous les moyens adéquats pour vous rappeler certaines règles que vous semblez avoir oubliées. C’est nous qui contacterons votre Maître lorsque nous aurons jugé votre comportement corrigé, après évaluation de votre attitude.  Sachez que durant votre séjour il vous est catégoriquement interdit d’adresser la parole à qui que ce soit. Vous vous contenterez de répondre aux questions qui pourront vous être posées. Vous allez maintenant retourner dans votre cellule pour la nuit ».

Ecole de dressage

Elle tira un cordon qui pendait le long du mur et l’homme en uniforme entra dans la pièce. Il prit la laisse toujours accrochée à son collier et l’emmena.
Arrivés à sa cellule, il la fit entrer et lui ordonna de rester debout en attendant l’heure de son repas. Ces moments où elle était tenue d’attendre commençaient à avoir une influence sur son mental. Elle était en situation de dépendance et cela annihilait peu à peu sa volonté.
L’homme revint au bout d’un moment qu’elle ne pût évaluer, perdant insensiblement la notion de temps. Il tenait une gamelle en fer à la main.
« Enlève ta blouse » commanda-t-il. Elle s’exécuta et il vint poser la gamelle devant elle. « A quatre pattes pour manger ! » 
Le feu lui monta aux joues, elle perdait toute dignité, mais elle était incapable de lutter. Elle prit la position commandée et commença à manger, tandis que son geôlier restait debout devant elle en la regardant froidement.
Il lui fallut du temps pour se nourrir ainsi, telle une petite chienne docile. Son Maître lui avait déjà imposé cette situation, suscitant souvent une révolte de sa part. Mais rien de semblable aujourd’hui. Elle acheva tout ce qui se trouvait dans la gamelle.
Son gardien sortit puis revint avec une couverture épaisse et rugueuse. Il la fit allonger sur le bat- flanc, attacha sa laisse à l’anneau dans le mur et la couvrit pour la nuit.
Lorsqu’elle entendit la clef tourner dans la porte, elle pleura silencieusement, envahie par un immense sentiment de solitude. Elle finit par s’endormir...

Dans le noir de la cellule, deux mains venaient de saisir ses pieds et deux autre ses bras.
Elle n’avait pas entendue la porte s’ouvrir et dans une demie inconscience elle pensa être dans un cauchemar.
La cagoule que l’on enfilait sur sa tête, le lacet qui serrait son cou, l’air qu’elle cherchait à trouver lui firent rapidement comprendre qu’elle ne rêvait pas. Mais quoi alors ?

Elle se sentit soulevée et portée à l’extérieur. Elle fût mise debout ses mains attachées appuyées aux barreaux, ses jambes fermement maintenues. On l’obligea à se cambrer.
Le premier coup, violent, la fit tressaillir. La lanière du fouet avait mordu la peau de son dos.
Elle se raidit face à la douleur. Les coups se succédèrent rapidement sur ses fesses et son dos, la meurtrissant et ne lui laissant aucun temps de respiration. La correction était d’autant plus brutale que pas un mot n’avait été prononcé et que sa cagoule la plongeait dans le noir.
Elle céda très vite et se mit à trembler sous le tissu qui lui couvrait le visage. Elle ne savait pas qui la frappait ni pourquoi, il y avait juste les morsures du fouet dans le silence.

Elle ne savait pas combien de temps cela avait duré : une éternité ? Quelques minutes ? On la détacha et elle se retrouva allongée sur son bat-flanc, la porte refermée avec un bruit métallique inquiétant.
Ses larmes coulèrent un bon moment, pas tant de la douleur lancinante sur son corps, mais de l’immense sentiment de solitude et d’incompréhension qu’elle ressentait.
Elle avait déjà été sévèrement corrigée. Mais il y avait toujours l’après : les bras de son Maître, la chaleur de sa voix, la douceur de ses mots au creux de son oreille, et ses caresses qui faisaient disparaître toutes les rudesses endurées.

Mais rien de tout celà cette nuit, juste la douleur, l’isolement, et ce sentiment d’abandon… orpheline, elle était orpheline de son Maître.
Elle pleura longtemps avant de sombrer dans un sommeil qui ne lui apporta même pas le réconfort d’un rêve soyeux.

A suivre...

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