Les relations humaines sont parfois difficiles. Les relations BDSM n'échappent pas à la règle... Ce texte raconte, dans un style romancé, les tribulations d'un couple Dominant/soumise, au coeur d'évènements auxquels ils n'étaient ni l'un, ni l'autre préparés...

Avis de tempête

Avis de tempête

 

Notre relation est à l’image de la météo de ces derniers jours : le vent s’est levé, et le bateau tangue. A ce que nous avions réussi à mettre en place de façon équilibrée s’opposent aujourd’hui de nouvelles données qui nous dépassent et sur lesquelles nous n’avons aucun pouvoir.  Soyons honnêtes, nous les avions envisagées. Nous savions l’un et l’autre que la situation actuelle n’allait pas durer et qu’il allait nous falloir réviser notre fonctionnement. Nous y voici donc...
Et il va falloir s’arrimer solidement au mât pour ne pas passer par-dessus bord, et se protéger comme on pourra des paquets d’eau qui ne vont pas manquer de s’abattre sur nous.  Nous en avons les moyens, nous avions déjà sorti les cordages en prévision de ce gros temps.  Le vaisseau est solide, il ne coulera pas. Je connais vos doutes, je sais que vous craigniez que ce mauvais temps perdure et que la résistance du navire s’effrite.  Mes doutes sont ailleurs. Je crains, mon Capitaine, qu’au plus fort de la tempête, vous décidiez d’abandonner le rafiot, faute de pouvoir le conduire à bon port.
Mais comme je suis une nature battante, je pense déjà au retour du soleil…
Et j’imagine déjà le travail qu’il va falloir accomplir pour tout remettre en état et les dangers qui nous guettent.  Car même si le bateau n’a pas connu d’avaries, d’autres éléments pourraient encore venir perturber son fonctionnement.  Je vous laisse deviner lesquels, après tout, je ne suis qu’un petit mousse sans expérience, et peut être me laissais je trop impressionner par cette première confrontation avec le gros temps.
Alors, je vous fais confiance, Capitaine, je vous vois enfermé dans le silence de votre cabine, et je ne vous dérange pas. J’attends de connaître votre décision, en m’agrippant comme je peux pour ne pas tomber à l’eau.
Mais cela ne m’empêche pas d’avoir peur, et de regretter les moments où l’on pouvait s’accouder aux bastingages et regarder l’horizon rougir sous le soleil levant...

mousse

Le petit mousse

C’était son premier vrai grand voyage au petit mousse, un embarquement inattendu au départ, mais si plein de surprises ensuite.  Il savait  peu de choses du métier, juste ce que les vieux loups de mer avaient pût lui raconter sur les dangers d’une traversée, mais aussi sur les émerveillements d’une découverte.  Alors le petit mousse était monté sur les bateaux amarrés au quai.  Là, dans le port, il avait fermé les yeux, senti le mouvement de l’eau sous ses pieds, humé l’air du large empli déjà de senteurs inconnues.  Oh il n’avait pas quitté la rade, il était encore bien trop tôt, il ne sentait pas l’assurance pour le faire.  Mais il savait, un jour lui aussi il embarquerait, lui aussi rencontrerait un Capitaine.  Il imaginait déjà sa silhouette sombre marchant sur le quai, son caban au col relevé masquant presque son visage.  Et il verrait ses yeux et alors il saurait que le moment était venu d’embarquer sur son bateau et d’apprendre.
Apprendre, le courageux petit mousse sans expérience aucune voulait tout découvrir auprès du Capitaine qu’il venait de se choisir.  Il savait le métier dur, l’âpreté des épreuves imposées jour après jour, les contraintes nombreuses et permanentes dans la vie à bord.  Mais il était prêt le petit mousse, prêt à tous les sacrifices pour un seul regard de Son Capitaine.
Alors le voyage a commencé.  La discipline était rude sur le navire, et les obligations de la navigation incontournables, même lorsqu’il était fatigué. Mais après son tour de quart, il avait aussi l’autorisation de monter là haut sur la dunette et de s’approcher de Son Capitaine.   Il était impressionné le courageux petit mousse, il restait là assis au pied de la grande barre,  à regarder un paysage si beau lorsque le soleil descend doucement sous l’horizon et que le ciel s’embrase.  Tant de couleurs dans le moment si bref où le soleil se noie dans l’océan, le laissait émerveillé, et comme enchaîné à Son Capitaine.  Il a beaucoup appris le petit mousse : les règles de navigation, la manière de se tenir sur le pont, la variété des noeuds marins, le service de quart à bord.  Apprendre et apprendre toujours, pour croiser le regard de Son Capitaine et y lire la satisfaction.  Et lorsqu’il oubliait quelque chose des lois de la mer il devait subir les punitions, jusqu’aux larmes parfois, avec courage et conviction toujours.
La navigation n’est jamais chose simple et prévisible.  Au temps le plus serein peut brutalement succéder le grain sévère qui fait coucher le navire au vent et gémir les mats sous les coups de boutoir de la tempête.
Les premières colères de mer ont fait très peur au petit mousse, mainte fois il a cru sa dernière heure arrivée.   Mais son courage et sa détermination ont toujours redonné confiance à l’équipage.  Depuis sa cabine Son Cabine le regardait s’affairer sans relâche, et il savait bien qu’il avait trouvé le meilleur des petits mousses qui parcouraient la terre de Bretagne.  D’escale en escale, de traversée en traversée, le courageux petit mousse a bouclé son année de navigation.  C’est avec fierté que Son Capitaine lui a remis sa première étoile de mer pour lui témoigner toute sa satisfaction de le voir ainsi toujours progresser. Il faisait maintenant partie de l’équipage, il devenait un vrai marin.
Tel Ulysse, il avait franchi bien des épreuves.  Mais le chemin vers Ithaque est bien long et semé d’embûches.
Elle est arrivée alors que Son Capitaine ne s’y attendait pas.  Une tempête violente, imprévisible.  Elle a fait rouler le voilier d’un bord à l’autre. Le petit mousse est monté vite sur le pont, il avait le pressentiment d’un mauvais cap à passer.  Courageusement il a arrimé tout ce qui pouvait endommager le bateau. Son Capitaine était à la barre, le petit mousse lui a crié de tenir bon, mais le fracas de la tempête a redoublé, entraînant sa voix au loin. 
Alors les étoiles ont disparu dans le ciel et le Capitaine a perdu ses repères.   Il savait la navigation dangereuse dans ce secteur, la côte était si proche mais impossible de trouver un abri pour laisser passer l’orage.
Sur le pont le petit mousse faisait front courageusement, mais là haut sur la dunette c’est le Capitaine qui venait de perdre espoir.Il ne savait plus comment mener son navire.  Le petit mousse a compris que cette tempête là allait être terrible, mais il n’a pas baissé les bras. Lorsque le bateau est passé sur les récifs, il y a eu comme un léger craquement au fond de la coque.  Une petite déchirure, trois fois rien, mais insidieusement l’eau a commencé à entrer dans les fonds.  Il s’est mis à écoper le petit mousse, avec pugnacité, avec courage, avec détermination, il l’aimait son voilier. Il se battrait jusqu’au bout, il ne le laisserait pas couler sans lutter jusqu’au bout, avec toute sa conviction de petit mousse. Mais que pouvait-il faire seul face aux éléments, alors il s’est tourné vers le Capitaine pour chercher un peu de réconfort.
Mais le Capitaine avait quitté la dunette, il était descendu dans sa cabine, il avait renoncé à se battre. Le navire allait couler et leur belle histoire de navigation se noyer avec lui, alors il s’est mis à crier petit mousse, à appeler son Capitaine de toutes ses forces, il avait si peur abandonné seul sur le pont...

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