Petit Mousse (fin)

Et soudain, le Capitaine est réapparu.  Le visage fermé, il a repris la barre, sans un regard pour petit mousse. A deux, ils ont réussi à ramener le bateau au port, s’activant pour ne pas penser, pour ne pas avoir peur. En arrivant, le Capitaine s’est mis à l’ouvrage mais petit mousse ne l’a pas suivi. Il est allé s’attabler à la terrasse du Café de Port, tout flageolant encore.  Il a regardé au loin son Capitaine affairé et a pris sa tête dans ses mains. Il a peur, petit mousse, il n’a plus confiance en lui, il n’a plus confiance en son Capitaine, il déteste ce bateau qui a failli l’entraîner dans la mort.  Il redoute cette mer qui aurait pu être son tombeau, mais il sait pourtant qu’il ne pourra jamais se passer d’elle.
Alors petit mousse se met à pleurer doucement, pour vider son âme du désespoir qui l’étreint.  Il repense à la douceur du soleil dans ses cheveux, aux caresses de la brise, au clapotis des vagues sur la coque et les larmes coulent sur son visage fatigué. Pourra t-il un jour repartir ?  Aura-t-il la force d’affronter d’autres tempêtes ?  Epuisé, harassé de chagrin, petit mousse s’endort…

tit mousse

Il rêve petit mousse, d’un océan baigné de soleil, d’une navigation sereine et apaisée sous les alizés, d’île en île, d’escale en escale, à savourer des fruits gorgés de soleil, d’un horizon enfin dégagé de toutes ces tempêtes qui l’ont brisé. Il rêve et dans son rêve, il sourit à son Capitaine.
Une main s’est posée sur son épaule, il ouvre les yeux. Il est là, Il le regarde, Il lui sourit, lui prend la main et l’entraîne. Petit mousse se laisse guider, il a tant besoin de sentir Sa force, là tout près de lui, tant besoin d’être guidé, tant besoin d’apprendre encore de Lui. Alors il le suit, confiant, il s’abandonne, Son Capitaine est de retour et avec lui le soleil qui baigne l’horizon de cette chaude lumière, de celle qui vous remplit le cœur et apaise votre âme assoiffée.
Maintenant il est prêt petit mousse, il sait qu’il ira au bout du monde, à travers tous les océans, pour l’Amour de Son Capitaine...

Voilà comment se termine ce chapitre qui, vous l’aurez compris, aura été un passage un peu houleux (sans jeu de mot) de notre relation. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, le BDSM, en suscitant de vives émotions, n’échappe pas à cette règle. Cependant, toutes les épreuves sont utiles et celle-ci m’a permis de me découvrir un peu plus, en m’obligeant à puiser au fond de moi la force nécessaire pour affronter les évènements.
Cette découverte est même fondamentale. J’ai le sentiment qu’elle va avoir une influence majeure sur la suite de mon parcours.
Je viens de réaliser à quel point je me suis fourvoyée. Je croyais avoir passé l’étape de l’acceptation depuis longtemps : j’étais soumise, consciente de ma condition et tout allait bien. Mais cette déstabilisation créée par la « crise » que nous avons traversée m’a soudain fait douter de tout, et en particulier, a mis en relief mes craintes plus ou moins inavouées concernant la soumission.
J’étais jusqu’ici persuadée que, même si je ne pouvais me passer de relation BDSM, je n’étais pas « accro » à mon Maître au point de ne pouvoir me passer de Lui quelques jours. Les faits m’ont donné tort, son absence et un week-end sans appels téléphoniques ont réduit mes illusions à néant. J’ai été très perturbée par cette découverte, car je détestais l’idée que la soumise prenne le pas sur la femme que je suis et vienne troubler ma vie quotidienne. S’en est suivi une période de remise en question, qui a trouvé son dénouement hier.
Je me suis aperçu que j’avais tenté jusqu’ici de séparer la femme de la soumise, pensant que la première aurait suffisamment de réflexion et de distance pour sauver la seconde d’éventuels tourments. Mon « monodialogue » écrit il y a quelques mois démontre la défiance que j’avais envers la soumise que je suis, que je soupçonnais d’être trop impliquée dans sa soumission et donc exposée aux plus grands risques et le crédit que j’accordais à « Elle » pour relativiser un peu les choses, et encadrer la soumise pour qu’elle ne déborde pas. L’idée était noble mais complètement erronée. Et il a fallu ce triste week-end pour que je réalise enfin que la soumise avait pris toute la place et que « Elle » ne maîtrisait plus grand-chose.
Le savoir est une chose, l’admettre en est une autre, et c’est après une semaine de déprime, de questionnements, de discussions, d’introspection, pour que la vérité m’est apparue : oui, je suis soumise, ce qui ne m’empêche pas d’être femme, mais c’est désormais ma condition qui guide ma vie. Tous mes choix, toutes mes envies se déterminent en fonction de ce critère et mes craintes de débordement, même si elles sont justifiées, ne doivent en aucun cas faire obstacle à ce principe de vie. Car en essayant de contrôler ma soumission, je me déséquilibre moi-même, en refusant de me reconnaître telle que je suis.
Mais alors, quid de mes appréhensions ? C’est la lecture du roman de Mélanie Muller « Frappe-moi ! » qui m’a apporté la réponse. Dans cette histoire de dérive d’une soumise, le personnage de l’histoire est seul dans la vie. Personne ne peut à aucun moment la mettre en alerte sur les dérèglements qui s’opèrent en elle et qui vont l’amener à l’extrême. J’ai la chance d’avoir pour compagnon un homme qui est lui aussi un Dominant et qui comprend le fonctionnement mental d’une soumise. Il sait, et nous en avons longuement discuté, à quel point je suis impliquée dans ma condition, il connaît les conséquences de cet état d’esprit et les égarements possibles qui peuvent en découler. Je sais qu’il est et restera un observateur attentif de mon évolution, mon plus grand réconfort les soirs de doute, mais aussi celui qui saura me mettre en garde si toutefois je vais trop loin. J’ai également la chance d’avoir un Maître sérieux, réfléchi, soucieux de mon équilibre et je n’ai donc aucune raison de me tourmenter à ce sujet.
Je vais donc désormais laisser la soumise s’épanouir, sans pour autant renier « Elle ».
L’avenir s’annonce serein…

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