Vogue, petit mousse !

Petit mousse a repris le large. L'aventure continue...

Il faisait chaud. Pas un souffle de vent, rien que le reflet éblouissant du soleil sur les vagues, et le clapotis sur la coque. La mer déployait ses tons bleutés à peine frangés de blanc, comme un hommage à l’azur du ciel, que quelques nuages cotonneux venaient égayer.
Petit mousse contemplait l’immensité en rêvant, appuyé nonchalamment sur le bastingage, humant l’air chargé d’iode. Son capitaine, assis sur le pont consignait quelques notes dans un carnet, la tranquillité de l’océan lui laissant pour une fois le temps de prendre un peu de repos.
On n’était pourtant plus très loin de la terre, des goélands curieux tournaient autour du navire, troublant de leur cri rauque le calme de cette matinée ensoleillée.

soleil

Petit mousse regarda son Capitaine et sourit. Rien depuis leur dernier départ n’était venu perturber leur tendre complicité. Il avait eu peur, le moussaillon. Il avait cru, bien naïvement que son patron s’était laissé entiché par une belle sur le port, qu’il avait désormais envie de douceur, d’un foyer chaleureux où poser son sac et goûter le bonheur tranquille d’une vie de terrien. C’était bien mal le connaître, il s’en rendait compte maintenant. Il suffisait de le voir, le nez au vent, tenant fermement la barre, attentif au moindre mouvement de son bateau pour comprendre que cette vie là lui convenait, et que la petite cabine qu’il occupait, la vie spartiate qu’il menait ici étaient largement compensées par l’enivrant plaisir qu’il éprouvait à sillonner les mers, à la recherche de nouvelles terres, de peuples inconnus. Petit mousse se plaisait à penser qu’il y était un peu pour quelque chose, et que leur amour commun du grand large participait aussi à son bien-être.

Le soleil commençait à effleurer l’horizon, jetant sur les eaux une dernière salve de lumière orangée lorsque Petit mousse aperçut au loin le rivage.
« Terre » cria t-il, pointant de l’index la ligne verte qui s’étendait à bâbord.
D’un bond, le Capitaine l’avait rejoint, scrutant avec un sourire énigmatique le paysage qui s’offrait à lui.
« Nous mouillerons ici, dit il, la nuit va bientôt tomber. Demain, nous prendrons la chaloupe. Peut être aurons nous l’occasion de croiser des autochtones ». Puis, se retournant vers son mousse, il ajouta en riant : « Et peut être seront-ils d’affreux cannibales friands de jeunes moussaillons intrépides ! ».
Petit mousse éclata de rire : « Je n’ai pas peur, mon Capitaine, vous saurez me protéger, n’est ce pas ? »

à suivre...

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