Allongée, les mains croisées sur le cœur, le corps emprisonné dans un sarcophage de plâtre, sans autre
perception que le bruit étouffé de ceux qui, autour de moi, s’affairent à ma momification, je respire
calmement par les deux petits orifices autour de mes narines, la poitrine compressée par le poids de
cette carapace qui m’empêche de bouger.
Je n’ai pas peur, je me concentre juste sur ma respiration. Mes prêtresses d’un soir ne me quittent pas des
yeux, elles prennent régulièrement de mes nouvelles. Je murmure un oui apaisant qu’elles ne peuvent sans
doute pas saisir. Qu’importe, ce sont mes sœurs soumises, elles sentent que je suis tranquille, que je
m’évade loin, au pays du Nil éternel, défunte épouse de Pharaon. Mon esprit s’envole, il parcourt le chemin
imaginaire du Dieu soleil, à la recherche de l’éternité.

Mon Maître est là, attentif. Je perçois sa présence rassurante, tout comme les mains de mon mari, artisan
de cette œuvre, qui dépose une dernière bandelette autour de mes pieds.
Le silence s’est fait, la douce chaleur des bougies réchauffe quelque peu mon corps maintenant transi de froid.
Sous mon carcan de plâtre, je suis vivante et terriblement heureuse…
Salut à toi, âme défunte...
Nous, prêtresses de Nout, t’avons apporté natron et résine de térébinthe, afin de purifier ton corps.
Ton âme-bâ vole désormais au dessus de ton cœur. Tu peux maintenant traverser toutes les portes qui te
conduiront devant le Dieu fleuve.

Réveille Aqen, le gardien de l’embarcation et accompagne Rê dans sa barque solaire.
Tu seras confrontée à de nombreuses embûches dans le monde souterrain, mais rappelle toi les livres sacrés,
celui de l’Am-douat, du Livre des morts.
Si tu triomphes, alors tu te présenteras devant Osiris afin d’y être jugée.
Ton cœur sera pesé. S’il est être plus léger que la plume de Mâat, tu obtiendras la vie éternelle et deviendras
Déesse à ton tour.

