Les larmes

Dans le silence épais de cette salle voûtée
Attachée à la croix, debout, les yeux bandés,
Je n’ai pour seul repère que la douleur brûlante
Qui irradie mes chairs et me laisse chancelante.

Vous qui savez si bien jouer de vos outils :
Du martinet de cuir aux lanières qui me strient
Au fouet sifflant dans l’air, s’abattant sur ma peau,
Laissant des traînées rouges sur mes fesses et mon dos,

Vous marquez un arrêt, un sourire sur les lèvres,
Sachant que je frémis en pensant que la trêve
Annonce un autre coup, une autre meurtrissure
Que je vais accepter sans le moindre murmure…

Vous attendez de moi bien plus qu’un simple cri,
Que mon corps qui se tord, espérant un répit.
Ce que vous espérez en usant de vos armes,
C’est que sous le bandeau apparaisse une larme…

Vous me les arrachez, sachant par expérience
Que le temps, votre allié, abat mon endurance.
En me voyant ainsi, accablée de douleur,
Vous restez impassible en attendant votre heure…

Elles finissent par couler lentement sur mes joues ;
Vos yeux et votre voix soudain se font plus doux
Vous mesurez alors la grandeur de ce don :
Ces pleurs, vous le savez, sont comme un abandon.

Je vous avoue ainsi, sans vous le déclarer
Que vous m’avez vaincue, que je suis dominée,
Qu’à vos pieds je dépose ma dernière résistance :
Pour avoir succombé, je vous fais allégeance.

Alors, avec tendresse, vous desserrez les liens,
Vous essuyez mes yeux d’un revers de la main,
Vous enlacez mon corps et je pose ma tête
Au creux de votre épaule, savourant ma défaite…

7 janvier 2007

Liens-secrets

"Liens-Secrets", création 2009