La soumise saine

Ce texte nous permet de reprendre ensemble un échange sur tes ressentis de soumise, comme nous avions commencé à le faire tout au début de notre relation, lorsque toi et moi cherchions à comprendre les ressorts psychologiques sous jacents à la D/s et donc à la relation que nous venions d’entamer. Il me semble utile de revisiter la réflexion de fond que tu avais engagée à ce moment là, et qui nécessairement sur de nombreux points aura évolué avec le temps, ce qui a mes yeux fait tout l’intérêt de cette forme d’analyse. Les réponses que tu avais apportées alors à travers tes commentaires, méritent d’être éclairées par ton vécu de soumise depuis ces premières lectures et par le regard que nous portons ensemble sur cet univers que nous aimons.
J’ai choisi de découper et d’alléger ce texte assez long en divers chapitres ce qui nous permettra à tous les deux de réagir à l’ensemble des aspects abordés par l’auteur, qui me paraissent particulièrement riches, et peut être de susciter un débat avec les personnes intéressées par ce sujet.

Texte inspiré par celui de « La soumise saine » de Yaldah Tovah.

G : Tout d’abord, le terme de soumise « saine » me gêne beaucoup. Je suppose que c'est une traduction littérale de l'anglais. Je préfère de loin parler d’équilibre psychologique, le terme « sain » s’opposant généralement au terme « malsain ». Ceci dit, une femme fragile psychologiquement risque de vivre sa soumission comme un élément encore plus perturbant, en masquant de façon artificiel les véritables raisons qui l’ont amenée à cette expérience.invitation

M: Je pense comme toi qu’il convient de ne pas prendre le terme soumise « saine » au pied de la lettre, car il est vraisemblablement issu d’une traduction quelque peu approximative, le terme équilibre psychologique me semble effectivement plus en adéquation avec le sujet.
Par contre je ferais une différence entre la fragilité psychologique et les raisons de fond qui peuvent conduire à la soumission.Le fait qu’une femme soit fragile psychologiquement n’implique pas nécessairement qu’elle soit amenée à vivre sa soumission comme un élément perturbant.
Je reviens ici sur ta rédaction une femme fragile psychologiquement risque de vivre sa soumission comme un élément encore plus perturbant. Tu sembles donc sous-entendre que vivre sa soumission est « perturbant » dans sa vie, et que cela l’est encore plus si l’on est fragile psychologiquement. Je ne partage pas cette analyse, car j’ai tendance à considérer que vivre sa condition profonde de soumise est pour une femme un vrai facteur d’équilibre.
Nous sommes ici, à mon sens, au-delà du seul cadre de la soumission, et nous abordons la question plus vaste des relations humaines dans le couple. Le terme couple devant être entendu dans son sens le plus large. C’est la qualité des partenaires qui fait la qualité de la relation. Toute la difficulté étant de trouver le bon partenaire pour partager une vie, une relation ou plus simplement un moment.
Si les partenaires se conviennent ils vont s’enrichir l’un l’autre et construire ensemble quelque chose de durable. Si les partenaires ne se conviennent pas, nécessairement cela va créer des insatisfactions d’abord, des rancœurs ensuite des frustrations enfin avant que leur relation ne se défasse peu à peu ou au contraire très rapidement.La relation BDSM n’échappe pas à mon sens au cadre général des relations à deux.
Dans une relation D/s, c’est vrai que les soumises sont en général des êtres à forte personnalité, pour autant je pense qu’une femme un peu fragile pourra néanmoins trouver dans la soumission un facteur d’équilibre, à la condition bien sûr que son Dom ait le souci permanent de son équilibre psychologique et lui donne les moyens de se réaliser et donc de progresser.C’est pour ma part la vision que j’ai du rôle du Dom.

Le plus souvent, les femmes qui depuis peu reconnaissent leurs besoins de soumission, passent à travers une période difficile de doute personnel entourant la question troublante : suis-je malade ? J'ai vu des femmes lire les manuels de diagnostic psychiatrique et se demander "ai-je un problème de troubles de la personnalité limite, suis-je borderline?" Qu'est-ce qui précisément alimente cette sorte de questions : "suis-je malade?" Pourquoi donc une femme, découvrant sa nature, pense-t-elle souffrir d'un désordre mental ? Ou, à tout le moins, que quelque chose cloche chez elle ?

G : Question que nous nous posons toutes ou presque, et que j’avais abordées il y a trois ans. Ceci est d’autant plus exacte lorsque cette rencontre avec la soumission correspond à un passage difficile de sa vie personnelle et que l’ont se sent en situation de fragilité.

M: Questionnement logique qui reprend ce qui a été vu plus haut sur les raisons profondes qui la conduisent à se découvrir ainsi. Avec le recul, j’ai tendance à voir dans ce questionnement non pas une approche « psychanalytique » de la soumission mais une vision que je qualifierais de purement « culturelle », voire « cultuelle » sur la place de la femme dans la société. C’est d’ailleurs ce qui est exposé par l’auteur un peu plus bas. Dans ce que nous voulons être un modèle de culture occidentale c’est l’autonomie individuelle qui est valorisée au plus haut point. Notre société nous met carrément en demeure d’assumer notre totale indépendance d’individu. Nous y sommes conditionnés depuis la plus petite enfance et depuis de nombreuses générations. Ce thème à lui seul pourrait faire l’objet d’un vaste débat, dont nous ne sommes pas prêts de voir la conclusion.
Face à ce « modèle » d’individu autonome, il est parfaitement normal qu’une femme qui réalise qu’elle a besoin de dépendre d’un homme qui va la dominer et décider à sa place de ce qui est bon ou pas pour elle, se confronte rudement à un conditionnement très lourd. Là aussi pour « émerger » une soumise devra être une forte personnalité, et la femme un peu fragile psychologiquement aura beaucoup de mal à accepter et à vivre sa condition profonde, mais les raisons qui l’empêcheront d’aboutir seront plus certainement extérieures à sa propre personnalité.

Une soumise découvre ou, plus exactement, réalise et reconnaît qu'elle fonctionne à son meilleur en relation avec un autre. Et plus cette relation est profonde, maintenue et maîtrisée, plus elle se sent bien et mieux elle s'accomplit dans les domaines importants de sa vie d'adulte : travail, amitiés et responsabilité parentale. Comprendre qu'elle est à son meilleur dans une telle relation lui fait se demander pourquoi elle ne peut pas y arriver par elle-même ? Pourquoi donc a-t-elle besoin de cette relation afin d'accomplir ce qu'elle est très capable de faire ?
En pensant à cela, j'en viens à questionner les déterminants culturels de ce qui est considéré comme la référence ici, dans notre société occidentale, nous accordons la plus grande valeur à l'indépendance, au "fais-toi toi-même", au pionnier solitaire, à celui qui montre la voie, aux moins nécessiteux et aux plus autosuffisants. Nous valorisons la compétition au contraire de la coopération.

G : A ces déterminants culturels, je rajouterais que notre société attend des femmes qu’elles soient des « superwomen », capables d’élever les enfants, travailler, de préférence en évoluant professionnellement, entretenir une maison, savoir bricoler, et j’en passe… tout en étant, bien entendu, une épouse aimante et une amante sulfureuse, ce qui les place dans une position d’échec et d’insatisfaction inéluctable.

M: Parfaitement d’accord avec toi, et j’en rajouterais même un peu, chaque fois qu’elle ouvre un magazine quelconque, elle n’y verra que de superbes mannequins minces et toujours impeccablement maquillées et reposées ! Alors qu’elle devra repartir au travail chaque matin.

Une bonne part de la tâche de la soumise récemment conscientisée est de faire le tri dans les voix intérieures de sa culture : ces voix qui lui disent qu'elle demande trop, qu'elle est trop dépendante, trop tournée vers les autres.
Dès qu'elle peut articuler ce que ces voix lui disent, elle peut commencer à questionner non pas elle-même mais la validité de ces valeurs intérieures, en utilisant son propre critère afin d'évaluer sa vie, plutôt que nos standards culturels.

G : Je ne suis pas tout à fait d’accord sur ce dernier point, du moins y mettrais-je quelques nuances. En effet, certaines femmes, dont je fais partie n’ont pas vécu ce questionnement, la découverte de leur soumission étant une révélation de ce qu’elles vivaient déjà avant ça, sans en avoir pris conscience. Elle devient même, pour ces femmes, un éclairage bienfaisant sur les paradoxes qui étaient les leurs lorsqu’elles avaient un comportement de soumise sans avoir mis une définition dessus.

Les soumises ont tendance à poser les mauvaises questions : "suis-je mauvaise, malade, faible ?" alors qu’elles devraient se demander "est-ce qu'il manque quelque chose dans les critères que j'utilise pour m'évaluer ?"
Si nous commençons notre analyse sans les conceptions culturelles sur ce qui est le "plus valable", nous pouvons commencer à comprendre qu'il est possible pour une femme d'être soumise et d'être en pleine possession de ses facultés.
Et nous pouvons essayer d'imaginer ce qu'est le fonctionnement d'une soumise équilibrée, par exemple comment elle a développé sa personnalité adulte.
Prenons un peu de recul et demandons-nous à quoi peut bien ressembler une soumise adulte équilibrée, psychologiquement parlant :

1. La soumise équilibrée est capable d'entreprendre et de réussir des relations intenses, intimes et émotivement ouvertes. C'est manifeste par le nombre d'amitiés saines, prolongées et vivantes qu'elle entretient depuis des années.

G : Sans doute vrai, mais ça doit s'appliquer à la femme qu'elle était aussi avant de vivre la soumission.

punition

2. La soumise équilibrée est généreuse. Elle a souvent besoin de se rationner parce que ses élans, la plupart du temps, la mènent à vouloir trop bien faire pour les autres.

G : Je pense que c’est assez vrai, en général.

M: Je le pense aussi.

3. La soumise équilibrée est capable de joie intense, spécialement dans le contexte d'une relation soutenue.

G : Connaissez vous des gens qui ne sont pas capables de ça? Quand au fait que ce soit vrai particulièrement dans le cadre d'une relation soutenue, çelà me semble tomber sous le sens!

4. La soumise équilibrée trouve les moyens de se détendre dans une relation appropriée. Et elle s'y sent à l'aise.

G : C’est un pléonasme, non ?

5. La soumise équilibrée sait finement adapter sa sensibilité interpersonnelle. Elle sait réagir aux changements subtils d'humeurs chez les autres.

G : Très vrai en ce qui me concerne, si mon entourage va bien, je vais bien, s’il y a un souci autour de moi, je déprime immédiatement…c'est ce qu'on appelle l'empathie, il me semble...

M: Oui soumise c’est bien de l’empathie et je te confirme que tu fonctionnes absolument comme cela.

6. La soumise équilibrée a une facilité et une souplesse personnelles qui lui permettent de s'adapter aux changements de situations.

G : Qualité essentiellement féminine, en général !

7. La soumise équilibrée est taquine.

G : Une preuve d’intelligence, peut être?... (je plaisante !)

M: Je confirme que tu es TRES équilibrée si je dois m’appuyer sur ton côté taquin pour émettre ce jugement. Ceci étant, ne change rien, ce côté taquin (et joueur) de la soumise, est pour moi la meilleure preuve de ton équilibre !

8. La soumise équilibrée n'est pas plus complexée que la moyenne des gens, à propos de la qualité et de la beauté de son corps.

G : Pas forcément ! C'est d'ailleurs un défaut que le Maître peut corriger en apprenant à sa soumise comment mieux connaître et comprendre son corps, et en lui donnant plus d'assurance sur ses propres capacités à séduire.

M: Je reviendrais ici sur ce que nous avons brièvement évoqué au début du texte, les qualités du Dom. A mes yeux la première de ces qualités, est sa capacité à faire progresser sa soumise, j’entends par là à développer en permanence la confiance qu’elle a en elle et donc son assurance. Je dirais aussi que personnellement c’est ce que je considère humainement le plus enrichissant : prendre en charge une femme et lui apporter une approche des choses, un regard sur elle-même qui lui permet de se réaliser pleinement en tant qu’individu. Il ne peut pas y avoir de plus belle récompense pour un Dom que de voir sa soumise évoluer fièrement dans les tous les domaines de sa vie. C’est le but qu’il doit se fixer en permanence. Même si c’est souvent une tâche très exigeante, il sait que la progression de sa soumise se poursuivra quoiqu’il arrive.

corde

9. La soumise saine est fière de ses réalisations.

G : Là encore, n'est ce pas vrai pour tout le monde, quand les réalisations sont réussies?

10. La soumise équilibrée s'accepte comme elle est tout en sachant que, quoique la culture valorise l'indépendance et l'autosuffisance, elle a de grands besoins de dépendance et qu'il n'y a rien la de fondamentalement incorrect.

G : Quel rapport ? S'accepter tel que l'on est, n'est pas en contradiction avec le fait d'avoir besoin de dépendance... chez une soumise, c'est même précisément parce qu'elle s'accepte comme elle est qu'elle est capable de reconnaître ce besoin.

11. La soumise équilibrée recherche des relations qui la font s'épanouir.

G : Que celui qui cherche le contraire lève la main...

12. La soumise équilibrée, en s'acceptant comme elle est, est tolérante envers les autres. Mais jamais elle ne permet aux autres de lui dire ce que devrait être sa vérité.

G : Souvent vrai, la plupart des soumises ayant des caractères « trempés », et il en faut pour se mettre à genoux, vous ne croyez pas?

13. La soumise équilibrée a une conception d'elle-même raisonnable, consciente de ses forces et de ses faiblesses.

G : Pas forcément, elle a même parfois besoin d'un Maître pour, justement, se découvrir !

14 La soumise équilibrée aspire ardemment à être l'objet d'une compréhension profonde et pénétrante. Sourire…Quand sa nature est comprise et qu'elle est tenue dans un cadre ferme et aimant, son dévouement est presque sans limites. La soumise saine a une énorme capacité de dévouement, duquel émane son goût de servir.

G : Voir article 2.

G : Finalement, à la lecture de ces différents critères, je me demande si ce ne sont pas simplement les qualités d'une femme équilibrée, soumise ou pas...

Extrait de : La soumission est une force à la recherche de son propre contexte.

Yaldah Tovah, MD

Liens-secrets

"Liens-Secrets", création 2009