Violence dans le jardin (suite 2)

Ce texte de Polly Peachum m'a été envoyé par mon Maître au début de notre relation. Il souhaitait que je le lise et y apporte mes commentaires, ce que j'ai fait...

Je ne sais pas si j'ai toujours été soumise, mais quelques-uns de mes premiers souvenirs, vers l'âge de cinq ans, concernent des actions et des pensées de soumise. J'étais une petite fille qui voulait toujours servir les autres enfants avec lesquels je jouais. Je me souviens de jeux au cours desquels je promenais mes sœurs dans un petit chariot jusqu'à être à bout de forces. Je ne disais sans cesse qu'elles devaient être bien et quel plaisir elles devaient avoir grâce à mes efforts. J'aimais pouvoir être à leur service. Avec mes parents je ressentais la même chose en plus fort. Je rougissais quand ils me donnaient des choses à faire pour les aider dans la maison, et j'acceptais plusieurs punitions, quand il y en avait, avec une totale obéissance. La punition me procurait, même à cet âge, un frisson clairement érotique. J'étais physiquement corrigée par quelqu'un de plus fort et de plus habile que moi, et ce n'était pas seulement juste et correct mais aussi c'était très excitant.

position soumise

En grandissant, j'ai commencé à avoir des fantasmes de soumise clairement érotiques : je me suis bâti des histoires où j'étais prisonnière ou servante, forcée de faire des choses très embarrassantes et d'endurer des punitions douloureuses de la part de gens plus vieux et plus forts que moi. Ces fantasmes m'excitaient toujours : ils ne me faisaient jamais me sentir mal ou coupable. Je crois que je supposais que tous les petits enfants rêvaient d'être pourchassés nus, dans une arène, par un essaim d'abeilles et qu'ils essayaient de sauver leurs fesses alors qu'une foule riait très fort de leur honteuse et fâcheuse posture.
Vers l'âge de neuf ans, j'ai essayé consciemment d'engager les enfants avec lesquels je jouais dans des jeux de maître/esclave, où j'étais toujours l'esclave, évidemment. Alors que la plupart aimaient la nouveauté d'être maître, en charge de quelqu'un, pour changer, je trouvais rarement de petits camarades qui acceptaient d'y jouer plus de quelques fois. J'aurais pu y jouer tous les jours s'ils avaient coopéré et je ressentais de l'excitation à devoir obéir aux ordres de plus en plus outrageux de mon Lord ou de ma Lady. ( on en revient aux prédispositions mentales de tout à l’heure…)
Paradoxalement, les thèmes sadomasochistes continuels et puissants qui ont rempli mon enfance ont été relégués au second plan quand j'ai été initiée au sexe au début de mon adolescence. Peut-être étais-je trop occupée à essayer d'apprendre à ce moment-là ; peut-être cela avait-il à voir avec le fait que, lectrice vorace, j'ai découvert la littérature féministe à l'âge tendre de 13 ans, littérature qui suggérait fortement que des fantasmes de cet ordre n'étaient pas adéquats. Peu importe la raison, mes impulsions de soumise sont devenues, à la puberté, beaucoup moins conscients qu'avant, ne revenant qu'à la nuit, accompagnées de masturbation. Même à ces moments-là, je n'associais pas ces fantasmes à moi-même ou à mes besoins ; c'était seulement un truc servant à me branler. ( j’ai connu ça aussi, je pense que c’est normal : ado, on découvre, et on cherche à s’identifier aux autres, il suffit de regarder la façon dont les jeunes s’habillent, leurs tenues sont quasiment identiques, je pense que c’est une phase de la vie qui sert à se structurer en tant qu’individu et qu’elle est très déstabilisante : ressembler à ses pairs est donc rassurant, nous avons tous vécu ça plus ou moins, j’imagine…)
Pendant des années mes fantasmes et penchants sexuels allaient être sciemment laissés dans l'ombre, du moins par moi. A l'âge de 17 ans, une copine plus âgée que moi m'a offert une copie d'Histoire d'O, le roman classique sadomasochiste du XXe siècle, me disant simplement : "Je crois que cela va t'intéresser". J'ai dévoré ce bouquin, et il a formé la base de mes fantasmes pour les années suivantes,( j’ai connu le film à la même époque de ma vie, il m’a beaucoup remuée et a également alimenté mes fantasmes…sans que je me pose de questions précises sur le pourquoi, à ce moment là, d’ailleurs) mais je ne faisais pas de conjecture sur le pourquoi elle m'avait remis ce livre. Je ne voulais simplement pas y penser. Avec du recul, mon déni paraît drôle mais aussi compréhensible. Essayez d'imaginer une adolescente précoce, suivant des cours dans un community college et vivant avec deux étudiants diplômés, de dix ans plus âgés qu'elle. Une vraie enfant des années soixante-dix, son curriculum comprend un cours sur les femmes donné par une lesbienne et un cours de sexologie particulièrement chatouilleux dans lequel le sadomasochisme fut brièvement mentionné dans un exposé de 5 minutes sur les différences et le fétichisme, et ne fut plus jamais abordé par la suite. Elle revient à la maison chaque soir et passe 40 à 60 minutes agenouillée sur le parquet de bois franc, près du lit, massant les pieds de son colocataire, politiquement correct, écologiquement conscient et sensible aux rôles sexuels, jusqu'à ce qu'il en tombe endormi ! Le temps qu'elle y consacre est la partie la plus excitante, passionnante et profonde de sa journée. Une fois de plus, dans le sentier limité du socialement acceptable j'arrivais à revivre ces temps excitants de mon enfance quand servir me donnait tant de plaisir. Je n'y associais pas de soumission sexuelle. Je ne la rejetais pas ; je n'y pensais tout simplement pas - sauf lors des fantasmes nocturnes.
Je n'ai rien fait de plus jusqu'à ce que, six ans plus tard, à l'âge de 23 ans, j'essaie d'épicer une relation qui durait depuis 5 ans en racontant à mon ami des bouts d'Histoire d'O tout en le chevauchant. Je l'excitais beaucoup avec mes histoires et, à mon grand plaisir, il m'a surprise un jour en m'attachant par les bras à un crochet placé au plafond de notre chambre. A la lumière du jour, il m'a battue avec une baguette prise à l'extérieur, il m'a avilie et essayé le sexe anal sur moi.
Cette première véritable expérience de soumission forcée m'a profondément émue mais, le lendemain matin, quand il a vu les contusions sur mes hanches et mes fesses, il a été absolument choqué. Sa culpabilité d'avoir causé des marques apparentes sur la chair de son amante l'a empêché de ne jamais refaire quoi que ce soit de "maladif" avec moi, malgré mes assertions que j'avais aimé cela.
Une fois de plus, la conscience de mes désirs de soumise semblait passer dans la clandestinité, mais ils ne furent jamais aussi enfouis qu'avant. Pendant les six autres années que j'ai passées avec mon ami après cette seule expérience de soumise, j'ai écouté la musique de Frankie Goes to Hollywood et des Eurythmics et j'ai activement fantasmé sur le fait d'être enlevée, battue et abusée, transformée en jouet. Mais je n'ai rien fait.
La conscience de ma soumission peut avoir été très près d'émerger pendant toutes ces années, mais il fallait une expérience catalytique, un genre de révélation, pour me convaincre que j'étais une soumise. (pour avoir discuté avec beaucoup de soumises, il semble en effet que pour la plupart d’entre elles, un événement important ait été à l’origine de cette conscience, souvent après une rupture sentimentale, du reste… c’est également ce que j’ai vécu)
J'avais environ 30 ans et j'étais allée voir LuAnn, une femme avec laquelle j'ai travaillé pendant 9 mois. Elle était une lectrice assidue de littérature populaire et elle m'a fait connaître les livres de vampires d'Ann Rice5. Alors que je les lisais j'étais fortement touchée et attirée par les relations de pouvoir entre le vampire et ses victimes choisies - de fait, entre un vampire expérimenté et séculaire et un tout jeune humain. Comme je lisais très vite, j'ai terminé tout ce qu'avait écrit Rice et j'ai même dévié jusqu'à ses romans érotiques écrits sous le pseudonyme de A.N. Roquelaure6. Je commençais à lire le conte de fée érotique où la Belle est éveillée d'un long sommeil par un viol et une fessée, et c'était comme si j'étais soudainement tirée de force de ma propre léthargie afin de faire le rapport fondamental : c'est moi. Je suis le personnage de ce conte de fée. Je suis une soumise, et je ne veux rien de plus que d'être l'esclave de quelqu'un ! Bingo. Ça a fait tilt. Les trompettes sonnaient. J'allais directement à Go et collectais $200 dollars. Voilà, j'y étais. Mais où ? Étais-je cinglée sans le savoir ? Ça ne semblait pas cinglé. Cela semblait correct.
A ce moment, je n'avais aucune idée si les gens trouvaient les relations sadomasochistes acceptables pour les autres, si c'était le "vivre et laisser vivre ". Cela m'a blessée d'apprendre, comme je l'ai fait rapidement, que LuAnn était complètement incapable d'accepter ma découverte de moi-même. J'étais soudainement isolée, je n'avais aucune idée où je pouvais me tourner pour rencontrer des gens qui partageaient mes intérêts, même pour parler à quelqu'un qui n'aurait pas été dégoûté par mes sentiments. Comme beaucoup de personnes dans ma condition solitaire - je ne savais pas encore à quel point - je me suis tournée vers le Net pour du soulagement. Seule dans mon appartement, j'ai appris comment fixer un modem à mon ordinateur et j'ai découvert le monde des communications en direct. J'ai aussi rapidement découvert, grâce à une aide étonnante de mon ex ami, les liens kinkys sur les "Forums de discussion" et autres services en direct auxquels je me suis abonnée. Là, j'ai commencé à rencontrer d'autres soumises et des dominants. Je laissais des messages longs et clairs sur ma sexualité et je recevais, en dedans de quelques heures, de nombreuses réponses et des lettres électroniques privées. J'ai connu un certain nombre de personnes, j'ai même "joué" avec quelques-uns par ordinateur. J'apprenais que le genre d'immersion complète, ou life style, la soumission que je désirais ardemment, n'était pas ce qui intéressait tous ceux qui cherchaient le sexe sadomasochiste. La plupart des gens que je rencontrais en direct semblaient satisfaits de faire un peu de S&M avec leur partenaire dans leur chambre à coucher, ou durant une fin de semaine, et puis de retourner à une relation conventionnelle d'égaux après ces scènes relativement brèves. De mon côté, j'étais certaine que je ne voulais rien de moins qu'un esclavage sans fin. (cette démarche est sans doute vraie pour toutes les soumises : on découvre, on expérimente, et très vite, on veut plus, le jeu ne suffit plus…)
Je cherchais ma contrepartie dominante parmi les gens que je rencontrais en direct : quelqu'un qui voudrait me dominer et me contrôler autant que je voulais me soumettre et être contrôlée. Par la suite, je l'ai trouvé…en fait, il m'a trouvée. Après une longue correspondance, de nombreux appels téléphoniques et des rencontres de plusieurs jours, j'étais émue d'avoir l'occasion de me donner à lui en esclavage. Bien qu'il pouvait m'ordonner de devenir son esclave, et j'aurais obéi instantanément, il voulait que ce soit mon choix - et ma dernière décision libre. J'y ai pensé, avec circonspection, durant plusieurs semaines et jusqu'à la seconde où il m'a dit qu'il était temps que je décide, j'envisageais consciemment l'idée que j'avais le choix, que je pouvais reculer. Bien que je ne voulais pas reculer et que toute ma personne était appelée par l'expérience de l'esclavage, j'étais encore très consciente que, jusqu'à la seconde où je me donnais à lui, j'avais le pouvoir de demeurer libre. Je n'avais pas subi de lavage de cerveau ; il ne m'avait pas persuadée du tout. Au contraire, je l'avais activement et agressivement cherché, lui ou quelqu'un comme lui. C'était ma propre décision, et ce fut la meilleure (et la dernière) décision sérieuse que j'aie prise. (c’est sans doute ce qui fait la différence entre une vraie soumise et une « joueuse », l’idée d’appartenir à un Maître s’impose naturellement, il n’est pas question de contrainte, si ce n’est la sienne propre, imposée par le besoin d’être et de vivre ça).

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