Psychologie du BDSM

Ce texte, tiré du site nouvellestentations.com aborde de façon simple, et à mon sens très réaliste la psychologie du BDSM. Il fut le départ d'une discussion passionnante entre mon Maître et moi dont je vous livre l'essentiel...

Domination Soumission : (presque) tout est dans la tête

Avant d'être un échange de coups de fouets ou de martinet, la D/S est un échange de pouvoir. Cet échange peut même être couché sur papier (voir le contrat de Sacher-Masoch, ou celui, non écrit mais accepté oralement, par "O"), contrat par lequel la personne soumise remet son corps et son esprit à la personne dominante. Sans aller jusque-là, tout rapport de domination/soumission, même ludique, sous-entend l'abandon d'une volonté au bénéfice d'une autre. C'est cela qui est à la base du plaisir… et parfois, du danger.

Ci-après le contrat liant Wanda de Dounaïeff et Leopold Sacher-Masoch. Une "curiosité" passionnante du point de vue intellectuel, à considérer avec toutes les précautions d'usage au regard de la loi.

"Les conditions sous lesquelles je vous accepte comme esclave et vous souffre à mes côtés sont les suivantes : Renonciation tout à fait absolue à votre moi. Hors la mienne, vous n'avez pas de volonté.
Vous êtes entre mes mains un instrument aveugle qui accomplit tous mes ordres sans les discuter. Au cas où vous oublieriez que vous êtes esclave et où vous n'obéiriez pas en toutes choses absolument, j'aurais le droit de vous punir et de vous corriger selon mon bon plaisir, sans que vous puissiez oser vous en plaindre.
Tout ce que je vous accorderai d'agréable et d'heureux sera une grâce de ma part, et vous devrez ainsi l'accueillir qu'en me remerciant. A votre égard, j'agirai toujours sans faute, et je n'aurai aucun devoir. Vous ne serez ni un fils, ni un frère, ni un ami ; vous ne serez rien que mon esclave gisant dans la poussière.
De même que votre corps, votre âme m'appartient aussi et, même s'il vous arrivait d'en souffrir beaucoup, vous devrez soumettre à mon autorité vos sensations et vos sentiments.
La plus grande cruauté m'est permise et, si je vous mutile, il vous faudra le supporter sans plainte. Vous devez travailler pour moi comme un esclave et, si je nage dans le superflu en vous laissant dans les privations et en vous foulant aux pieds, il vous faudra baiser sans murmurer le pied qui vous aura foulé.
Je pourrai vous congédier à toute heure, mais vous n'aurez pas le droit de me quitter contre ma volonté et, si vous veniez à vous enfuir, vous me reconnaissez le pouvoir et le droit de vous torturer jusqu'à la mort par tous les moyens imaginables.
Hors moi, vous n'avez rien. Pour vous, je suis tout : votre vie, votre avenir, votre bonheur, votre malheur, votre tourment et votre joie. Vous devrez accomplir tout ce que je demanderai, que ce soit bien ou mal et, si j'exige un crime de vous, il faudra que vous deveniez criminel pour obéir à ma volonté.
Votre bonheur m'appartient, comme votre sang, votre esprit, votre puissance de travail. Je suis votre souveraine, maîtresse de votre vie et de votre mort.
S'il vous arrivait de ne plus pouvoir supporter ma domination et que vos chaînes vous devinssent trop lourdes, il vous faudra vous tuer : je ne vous rendrai jamais votre liberté."

G : J’aime l’expression « BDSM ludique » et je revendique le fait de le vivre ainsi. Le contrat entre Wanda et Sacher Masoch relève pour moi au mieux du granguignolesque, au pire de l’aliénation mentale. Je plains toutes ces soumises que l’on croise régulièrement sur le net et qui prétendent vivre de cette façon. Dans quel monde errent-elles ? Que le BDSM soit une source intarissable pour l’imaginaire, que l’on invente des scénarii, des ambiances, qu’on puisse, dans un temps et un espace limités se plonger dans cet univers et le vivre intensément, je le comprends et le souhaite, mais pousser le « jeu » à ce point…

contrainte

M:L’expression « BDSM ludique » me paraît répondre parfaitement à notre vision et à nos pratiques. A mon sens et pour ce qui nous concerne, il convient de la compléter par celle de « BDSM festif ». Car à mes yeux, c’est bien d’une fête qu’’il s’agit, celle de l’esprit et des sens.
C’est aussi pour moi une célébration, de la féminité dans sa plus totale expression, manifestation presque ultime du pouvoir de séduction de la femme qui se donne dans sa totalité, qui s’abandonne complètement.
Véritable fascination exercée alors par la soumise sur son Maître. Elle devient pour lui « spectaculaire » c'est-à-dire un spectacle en elle-même, dont il se délecte sans jamais se lasser, objet qu’il a façonné de ses mains pour satisfaire tous ses désirs.
Je me sens ainsi très loin du contrat entre Wanda et Sacher Masoch

Sados et masos sont de grands enfants

Les psychanalystes pensent que le sadisme (fût-il léger) serait en rapport avec le stade sadique-anal, deuxième phase du développement sexuel de l'enfant, donc lié aux premières expériences sphinctériennes, qui permettent la rébellion contre l'autorité ou l'expression de l'agressivité (le refus de déféquer, par exemple, ou à l'inverse, la défécation salissante).
Freud estime que le masochisme naît du complexe d'Œdipe, le désir infantile d'une relation incestueuse avec la mère (ou le père) devant être puni. A ce stade du développement psycho-sexuel, la culpabilité se fixe sur le point de rencontre entre le désir et la punition, qui se confondent par la suite… Il est vrai que le théâtre intime de nombre de masochistes comprend la scène d'école, la maîtresse sévère, ce qui renvoie à l'enfance, de même que le docteur ou l'infirmière, voire le curé… Ce qui tendrait à corroborer la thèse de Deleuze qui pense que le sadique au sens vrai et le masochiste ne peuvent pas s'entendre, puisque le sadique se passe de l'accord des autres, tandis que le masochiste estime que sa sanction, voire sa punition, est juste.

G : Et voilà ! Quand on ne comprend pas, on cherche des explications ! Celles-ci émanent d’intellectuels occidentaux qui partent du principe que les adeptes du SM sont des « déviants sexuels ». J’aimerais (je cherche, je cherche…) lire les points de vue de leur homologues orientaux, qui, à mon sens, doivent porter un regard très différent sur le sujet. (cf. : le Kama Sutra, cité plus loin). En effet, la douleur peut aussi être considérée comme une composante du plaisir sexuel, sans que pour autant, ceux qui la pratiquent soient des « malades complexés », partagés entre culpabilité, agressivité, ou désirs morbides…

M: La douleur et la discipline comme accomplissement personnel pour élever nos âmes, la douleur, chemin vers l’altérité, c’est typique des philosophies orientales, penser au fakir capable de s’allonger sur une planche à clous sans manifester la moindre expression. « Maîtrise » du corps visant à l’élévation de l’âme.
Rien de morbide ou de maladif si l’on transfert ces approches au BDSM. Ou alors il faut aussi condamner comme « malades » les pères de l’église qui prônaient la flagellation ou autres châtiment du corps pour mieux élever leurs âmes.

Maîtres mots : le contrôle et l'abandon

La personne dominante prend son plaisir à dominer, c'est-à-dire à donner des ordres qui vont être exécutés. La jouissance intellectuelle est moins dans l'ordre lui-même que dans son exécution immédiate. Le fantasme est satisfait dans l'instant. Par exemple, l'injonction : "A genoux" est prononcée en même temps qu'est imaginée la personne dominée se mettant à genoux, et la réalité suit l'image sur le champ.
L'autre pôle de la domination est la jouissance du contrôle. Contrôle de la situation, de l'être soumis, aussi bien dans le plaisir qu'il procure visuellement ou intellectuellement, ou sexuellement. Ce contrôle se double de la responsabilité : le maître est responsable de l'intégrité de l'esclave, puisque nous sommes ici dans le jeu et non dans le sadisme. Les règles du jeu ont été certes définies par les deux protagonistes, mais toutes les cartes sont entre les mains du maître. Toutes, sauf une : le "safeword", qui met fin au jeu.

G : Les Maîtres responsables se reconnaîtront sans doute dans ces propos…

M: J’aime particulièrement cette idée du plaisir que procure visuellement et intellectuellement l’être soumis. Le plaisir sexuel qu’il peut apporter est aussi bien sûr important, mais je retrouve ici cette conception de « spectaculaire » dont je parlais plus haut.
La soumise est un spectacle en elle-même, et elle peut visuellement combler son Dom par sa seule apparence.
Cette idée me paraît fondamentale, car c’est à partir d’elle que l’on peut jouer pendant des heures en développant ce côté théâtral. Ce qui est intellectuellement très satisfaisant.

Le plaisir intellectuel de la personne soumise est celui de l'abandon. Abandon de quoi ? De sa "liberté", d'abord, de sa volonté ensuite, enfin de sa fierté ou de son orgueil. L'humiliation, fût-elle légère, est une des composantes de ce plaisir d'abandon. La douleur, fût-elle également légère, est également le signe de l'abandon, celui du plaisir apparent. Alors que, et c'est là que le masochisme pose problème à certains psys, cette douleur qui prend la forme du déplaisir procure un plaisir immense. Mais n'apprend-t-on pas en mathématique que moins par moins égal plus ?

G : « …celui du plaisir apparent. » Il me faudrait une explication de texte, je ne comprends pas bien « cette douleur qui prend la forme du déplaisir »… Cela voudrait-il dire que la personne masochiste n’éprouve pas réellement de plaisir à la douleur mais qu’elle devient plaisir parce qu’elle est donnée par celui ou celle qu’elle considère comme son Dominant ? Si c’est bien le cas, j’émets quelques réserves sur ces propos, ayant vu des soumises masochistes éprouver du plaisir avec d’autres que leur propre Maître…

M: Le débat est maintenant ouvert sur le Forum !

Maîtres mots (suite): jouissance et extase

On pourrait dire en simplifiant un peu que le maître est dans la jouissance tandis que l'esclave est dans l'extase. La jouissance du pouvoir, cérébral et sexuel, exige de la personne dominante une conscience de tous les instants. Pas d'oubli de soi ni de l'autre, mais un plaisir éveillé, fort mais lucide. La personne dominée, elle, est dans l'extase.
L'une des définitions de l'état extatique est que la personne se trouve transportée hors d'elle et du monde sensible. On pense alors à l'extase mystique. L'extase sexuelle de la DS comporte une "dépersonnalisation" due à l'abandon de la volonté et à une perception du monde sensible (à commencer par celle de son propre corps) radicalement différente. D'où, souvent, le bandeau sur les yeux… Cet état qu'on peut prolonger longtemps se passe souvent de jouissance au sens classique, parce que l'extase est en elle-même une jouissance permanente. Marie Alacoque, canonisée, est un excellent exemple d'extase – mystique et sexuelle. Elle n'aimait rien tant qu'être fouettée par sa supérieure pour se "donner" au Seigneur. Et, pendant qu'elle était flagellée, elle criait : "C'est trop de volupté et de félicité !" Nombreux sont ceux qui sont d'accord avec la Sainte.

G :Complètement d’accord avec ce texte, du moins en ce qui concerne l’extase de la soumise, générée en partie sans doute par une montée d’endorphine (cf. : le subspace, cité plus loin).

M: Nous ne sommes pas des « malades » puisque l’église a canonisé des masochistes « pratiquants » !
Nous irons donc directement au Paradis ! ! !

à suivre...

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