Psychologie du BDSM (suite)

Ce texte, tiré du site nouvellestentations.com aborde de façon simple, et à mon sens très réaliste la psychologie du BDSM. Il fut le départ d'une discussion passionnante entre mon Maître et moi dont je vous livre l'essentiel...

L'espace et le temps

Une autre composante de la DS dans son aspect cérébral est l'espace-temps. Encore plus que dans l'amour vanille, le temps compte de manière assez élaborée : il est souvent question de rétention, d'orgasme retardé voire interdit, de "mise à disposition", d'attente. Si le meilleur moment de l'amour est quand on monte l'escalier, disait Clémenceau, alors les adeptes de la DS approuvent cet aphorisme.
La personne dominante aime jouer avec le temps, et donc avec l'espace. Privé – on change de pièce, on domine dans la cuisine, le salon ou la chambre, ou public – au restaurant, dans une soirée, la personne soumise peut porter sous ses vêtements, en toute discrétion, un signe, un objet qui rappelle aux deux protagonistes la "situation". Et un mot glissé au creux de l'oreille, par exemple : "je sais que tu es mon esclave" ou "tout à l'heure, je vais te faire ramper", met les deux au comble de l'excitation. Et si la fatigue saisit les partenaires une fois revenus chez eux, ils auront quand même pratiqué la DS, de manière purement intellectuelle…

Le temps : Gérer le temps de la soumise constitue sans nul doute une forme de pouvoir du Dom.
Attendre, c’est accepter de " perdre des minutes intenses " (et de les vivre, dit mon Maître) mais c’est aussi rêver à celles à venir, leur donner de la valeur.
Ainsi, le Dominant se fait « désirer » en stimulant l’imagination, l’espoir, la crainte, parfois, laissant languir la soumise qui sera alors offerte aux envies de celui-ci.
L’espace : L’espace a une importance évidente dans l’imaginaire du BDSM : Lieux inconnus de la soumise où elle perd ses repères habituels, lieux aux décors fantasmagoriques (forêts, ruines, donjons…) ou simples lieux publics où le Maître peut exercer sa domination d’un mot, un regard, sans que personne autour ne puisse deviner les liens qui les unissent tous les deux. Le terrain choisit par Lui peut avoir une influence sur la soumise et la mettre là aussi en position de dépendance et d’abandon.

A quand le prochain stage en terrain inconnu ?

Situations et rôles

menottes

On l'a évoqué dans le premier dossier sur la DS, de semblables jeux nécessitent que les protagonistes jouent un rôle, puisqu'on part du principe ici qu'il s'agit de pratiques érotiques non pathologiques – c'est-à-dire ni permanentes, ni compulsives, ni invalidantes socialement, intimement, ou dans la vie de couple. Donc, quand la partie est en cours, on joue un rôle. C'est évidemment un choix mental.
Se dire maître ou maîtresse, roi ou reine, gardien ou gardienne de prison, propriétaire d'esclave, professeur, se vouloir esclave, prisonnier, sujet, élève, sont des choses bien différentes. Il faut d'ailleurs une certaine adéquation, car il est évident par exemple qu'une esclave ou un prisonnier se fait moins "mettre au coin" qu'un élève puni. La personne soumise et la personne dominante agissent ou réagissent d'après les schémas établis. Quels que soient ces schémas, ils procèdent d'un goût ou d'un désir profonds. Et ils sont conscients et formulés. Ce qui rend la DS à la fois intellectuelle et culturelle…

G :Les jeux de rôles sont souvent le fruit de fantasmes plus ou moins avoués, remontant parfois loin dans l’enfance. Il me semble essentiel que les deux partenaires soient sur la même longueur d’onde, pour que ces scénarii soient vécus comme un plaisir, la contrainte pouvant avoir des effets très traumatisants sur la soumise s’ils représentent pour elle des blessures du passé dont elle ne s’est jamais vraiment remise.

M: Tout à fait d’accord, d’où l’importance de dialoguer en permanence avec sa soumise pour être sûr de bien la comprendre et donc de bien la diriger.
Tous les fantasmes ne seront pas réalisés, mais leur simple exposition par la soumise devant son Maître, constitue une véritable mise à nue de l’âme, nous sommes alors complètement en « séance ». Et l’on retrouve encore une fois cette idée de satisfaction intellectuelle, à travers un jeu purement mental.

Niveau social de la D-S

Ce qui pourrait apparaître secondaire est considéré comme important, voire comme un sujet de discorde : les pratiquants de la DS ont-ils un niveau social plus élevé que les "vanille" ? Essayons (disons bien essayons) d'y voir plus clair.
"… Ils ont souvent une grande force de caractère, possédant d’indéniables talents personnels, avec un sens éthique de la responsabilité individuelle. Une étude célèbre sur "le profil sexuel des hommes au pouvoir" a dénoté une forte proportion d’activités sexuelles masochistes parmi les hommes politiques, les juges, et autres hommes d’influence à la grande surprise des chercheurs." (Dorothy Hayden, citée par La Carpette).
On a les oreilles rebattues des aventures de Max Mosley, ou des drames comme celui du banquier Stern. On pense qu'Antoine était soumis à Cléopâtre. Quant à Sade et Sacher-Masoch, leur niveau intellectuel n'est pas à mettre en doute. Les écrits de Pauline Réage ou de Jeanne de Berg nous confortent dans cette idée… très politiquement incorrecte. Incorrecte tout court? (Agnès Giard en parle sur son blog Les 400 culs: Les sado-masos sont-ils des bobos ? ) Il est vrai que quelques objets de la DS que sont la fourrure, certains fouets de cuir, des installations donjonnesques sont chers. Il est aussi vrai que se dire Empereur ou Maître évoque le luxe et le pouvoir de l'argent (fort bien illustrés par ce film "The First Supper", sur le site "The Training of O" ). Mais on peut aussi fouetter avec une ceinture, un martinet peu onéreux, éclairer son simple studio à la bougie et se croire dans un palais. Le niveau social étant chose bien difficile à déterminer - surtout quand on veut le placer en face d' une activité sexuelle -, on peut en revanche parler du niveau culturel.

G : Il me semble aussi qu’il est bien difficile de déterminer le niveau social des pratiquants du BDSM. Cependant, à la lumière de ma petite expérience, je pense qu’on a plus de chance de croiser dans la population SM des cadres que des ouvriers. Cela tient sans doute au fait que le matériel, les tenues, les clubs sont assez onéreux, mais aussi que la part réservée aux « loisirs » est plus importante dans les milieux favorisés. Il est également à noter que certaines professions sont largement représentées : santé, éducation, social… des métiers en lien direct avec l’ « Homme», sa vie, son bien-être, son devenir, ce qui n’est sans doute pas un hasard quand on sait l’importance des rapports humains dans le BDSM.

M: Si le BDSM commence dans la tête, et j’en suis persuadé, alors forcément il réclame une certaine recherche intellectuelle que l’on ne rencontrera pas dans tous les milieux. C’est directement en lien avec ce qui est écrit plus bas :
« les DS échangent d'abord des allégories et des représentations avant d'échanger caresses et châtiments »
Pour échanger des allégories il faut avoir la capacité de les élaborer mentalement d’abord, de les mettre en forme ensuite, puis de les échanger avec son partenaire, qui devra bien sûr avoir l’intelligence nécessaire pour les comprendre et y répondre ensuite avec ses propres références mentales.
Ce n’est pas faire de l’élitisme primaire que de dire que tout un chacun n’a pas les capacités intellectuelles pour engager et mener à son terme cet échange.

Niveau culturel de la D-S

Nous avons été frappés au cours de nos recherches par la qualité des propos, du style, et même de l'orthographe, des adeptes ou des promoteurs de la DS, que ce soit dans les livres ou sur le web. Si nous mettons de côté la pornographie habituelle et les DVD bas de gamme où DS, perversions en tous genres et "vanille" sont passées à la moulinette de la vulgarité absolue, le sadomasochisme et la domination se caractérisent par un discours articulé et cohérent. Pourquoi ?
Le "rapport de pouvoir" dans la DS est comme son nom l'indique un rapport, dans le sens de la relation comme celui de l'exposé. La DS exige des mots, avant, pendant, après. De plus, ces mots doivent être parfaitement compris et acceptés par l'autre, et ne souffrir aucun malentendu. Il est possible aussi que s'accepter comme adepte de la DS (plus difficile encore : s'accepter comme personne soumise…) nécessite un travail sur soi et des références analytiques. Enfin, la DS comporte un aspect "théâtral": pièce, scénario, personnages, mise en scène. Bref, la DS, pratique sexuelle, se rapproche d'une activité culturelle, sinon artistique. Les échangistes échangent les femmes et les hommes, les DS échangent d'abord des allégories et des représentations avant d'échanger caresses et châtiments… tout est dans la tête, vous dit-on : et dans le verbe.

G : Complètement d’accord avec cette analyse, au point qu’on retrouve souvent dans les annonces BDSM des références à ce qui est écrit plus haut : l’aspect cérébral de la relation est souvent évoqué, le rapport Dominant/soumis s’établissant sur des critères essentiellement psychologiques. Le discours prend alors toute son importance : exprimer ses envies, ses représentations en quelques lignes relève de l’exercice de style…

M: « La DS exige des mots, avant, pendant, après » : c’est bien sûr tout à fait complémentaire de ce qui est écrit plus haut.

La relation BDSM : Avant propos

Deleuze écrivait que le «sado-masochisme était un de ces noms mal fabriqués, un monstre sémiologique». Sa préface à l’ouvrage de Sacher-Masoch nous éclaire parfaitement : le sadique ne veut pas l’accord du partenaire, alors que le masochiste se situe dans le contrat avec son maître. Et celui-ci, dans une telle relation, doit respecter ledit contrat. N’oublions pas cette phrase de Louis Scutenaire, qui parlait d’ailleurs de tout à fait autre chose : «je ne fais pas cela par vice, je le fais pour avoir du plaisir».
Nous n’utiliserons donc pas le terme de sadomasochisme, ni son abréviation SM, mais plutôt celui de domination-soumission, et son abréviation DS – bien plus jolie à prononcer, d’ailleurs. Comment cherche-t-on et trouve-t-on du plaisir dans des rapports fondés a priori sur la douleur ou l’humiliation ? Quelles en sont les limites ? Et, tout d’abord, y a-t-il un peu de DS dans les rapports sexuels dits normaux ? Tentons une approche aussi bien théorique que pratique...

Normes trompeuses

Nous l’avons vu, la fellation est perçue dans l’imaginaire de nombreux hommes comme étant une subordination de la femme, une sorte d’hommage rendu à genoux au sexe masculin. La vision de la tête qui s’incline et se relève évoque la prosternation et une sorte de psalmodie muette…
Oui, mais on sait qu’à l’inverse le cunnilinctus est encore considéré de nos jours, par exemple chez certains musulmans, comme étant une position dégradante pour l’homme qui se met à genoux devant la femme – et plus bas que son sexe. Se soumettre à Dieu passe, mais à la femme, quelle horreur !
Enfin, on ne peut ignorer que les positions de l’amour reflètent souvent un désir de dominer l’autre, que ce soit l’homme au-dessus ou la femme. Quant à la levrette, elle est souvent l’occasion de claques sur les fesses ou de mots crus lancés par le mâle. On le voit, la sexualité est perçue comme une affaire de pouvoir et d’affirmation de puissance, mâle le plus souvent – mais l’inversion des rôles a aussi ses adeptes !

Dominé, dominant… ou les deux ?

C’est la première question : êtes-vous, sexuellement, un être dominateur ou dominé ?
Dans bien des cas, la réponse n’est pas si claire. Ecartons d’emblée ceux qui répondent «ni l’un ni l’autre», car tout être sensuel qui se respecte, tout amateur d’érotisme un tant soit peu éclairé, possède au moins un fantasme qui se rattache à ce binôme. Ou bien ceux qui répondent néanmoins ni l’un ni l’autre craignent d’avancer sur ces terres, ou bien ils n'ont qu’une tendance légère à l’un ou l’autre de ces rôles, ce qui ne les pousse pas à aller plus avant. Mais pour ceux qui éprouvent intérêt ou excitation quand on évoque la DS, ils peuvent tenter de répondre à cette question. Certains affirment : «Je suis absolument dominateur (ou dominatrice)», ou : «Je suis absolument soumis(e).» Leur problème, si l’on peut dire, est simple. Mais il n’y a pas que des personnes sûres de leur choix et de leur goût. On se rend compte en lisant nombre d’ouvrages, d’enquêtes, de témoignages, de forums – ce que nous avons fait - que de plus en plus de personnes sont moins «profilées», et que leur tendance est plus ambivalente. On dit alors qu’elles sont «switch», ou, en français «versatiles». Autrement dit, qu’elles intervertissent les rôles.
Cette manière alternative n’a pas bonne presse dans les milieux «sadomaso», où il faut savoir ce qu’on veut. Comme le dit un témoin américain, les versatiles sont aussi mal vus chez les sadomasos que les bisexuels dans les communautés gay et lesbienne. Ah, les tabous, les catégories, les oukases ! On les trouve même chez les personnes soi-disant et prétendues les plus libérées… Et ce qui nous intéresse ici, puisque nous sommes dans le cadre du jeu sexuel, c’est précisément la possibilité de ne pas s’enfermer dans un schéma.

Dominé, dominant… ou les deux ?

Se laissant bercer par l’humeur du moment, certains individus passent allègrement de la domination à la soumission. Bien que cela ne soit pas si simple. En effet, la plupart ne se voient pas à 50/50 dominateur-dominé, mais plutôt 60/40 ou 70/30 dans un sens ou dans l’autre. La difficulté rencontrée par les couples pratiquant la «D-S» dans un sens ludique et alternatif est d’être en phase. Si l’homme est dominateur à 70/30 et la compagne est dominatrice à 70/30, il faut parvenir à s’entendre, sous peine de ne plus du tout… dominer la situation. Les couples qui ont découvert en ce domaine la «versatilité» déterminent leur rôle harmonieusement, selon les envies du jour, au détour d’une discussion ou en utilisant un code. La plupart des versatiles sont à «rotation» lente. Ils choisissent leur rôle (maître ou esclave) pour la soirée, la nuit ou un week-end. Mais il existe aussi des versatiles à rotation rapide, qui intervertissent les rôles dans la même soirée ! Certains même plusieurs fois, paraît-il. Les Fregoli du sexe, sans doute…

G :Question qui reste un mystère pour moi, cent pour cent soumise, et que j’ai posé bien souvent à ces « switch ». Difficile en effet de comprendre, quand on a saisi tous les caractères propres à la soumission, comment il est possible de posséder également ceux de la Domination. Mais faut-il chercher à donner une explication ? Le plaisir est la seule réponse qui vaille, au final…

à suivre...

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