Les neuf degrés de la soumission

Adaptation du texte « 9 levels of submission » de Diane Vera, publié initialement dans The Lesbian S/M Safety Manual, edited by Pat Califia,from Lace/Alyson Press, Boston, 1990.

Dans le monde BDSM, divers termes sont utilisés pour désigner une personne soumise : soumise, poupée, jouet, esclave, chienne, pouliche, servante, bonniche, ou encore leurs équivalents en anglais : bottom (littéralement : dessous, par rapport à Top, dessus, dominant), sub (pour submissive), slave (pour esclave), student (pour pupille, élève, apprenti-e), etc.
Si les mots sont utilisés sans égard de distinction par plusieurs, pour d’autres, chaque terme est synonyme d’un état bien précis de soumission. Ainsi, il peut arriver qu’une personne vous déclare vouloir devenir votre esclave dévouée, signifiant par là la scène du samedi soir autour d’un repas aux chandelles avec les menottes, une fois de temps à autres... ce qui est assez différent de l’esclavagisme 24/24... Entre ces deux extrêmes, plusieurs zones intermédiaires. Il y a là ample matière à réflexion... et discussions entre les partenaires.

collier soumise

1. La personne carrément masochiste mais non soumise ou le libertinage sensualiste

Pas de servitude, de scènes d’humiliation ou d’échange de pouvoir, mais simplement certaines formes de douleur et/ou une sexualité épicée, genre petites rudesses animales... Plus un trip des sens à ses conditions et pour son plaisir direct que le fait d’être utilisée pour assouvir le sadisme du (de la) partenaire.

2. Pseudo partenaire de jeu(x)

Apprécie la panoplie des jeux de rôles légers (scènes de la petite école, jouer au docteur, l’infantilisme, le travestisme forcé) mais aucune forme de servitude au menu, même une fois dans le rôle. Dirige largement la scène. Cette personne compte généralement plusieurs partenaires de jeux sur une base non permanente ou sans engagement véritable.

3. Pseudo-soumise

Aime jouer la personne soumise. Peut à l’occasion aimer se sentir utilisée pour assouvir les pulsions sadiques du (de la) partenaire, et même aller jusqu’à le (la) servir dans certains cas, mais à ses propres conditions. Dirige largement la scène. N’a pas nécessairement d’engagement émotionnel envers la personne dominante. Ne désire pas être dressée pour la soumission. Ne cède pas beaucoup de contrôle ou sinon pour de brefs moments. Désire une variété de partenaires de jeux. Peut être avec une personne dominante quelque temps, sans être prête à céder réellement le contrôle.

4. Personne soumise dans les jeux de rôles définitivement non esclave

Offre une partie de sa volonté seulement sur des bases temporaires et à l’intérieur de limites spécifiques, et retire sa satisfaction de la soumission autrement que dans l’acte de servir ou d’être utilisée. Le suspense l’allume, tout comme le fait de se sentir vulnérable et de céder ses responsabilités. Ne dirige pas la scène sauf à quelques exceptions, mais recherche surtout son propre plaisir, plutôt que celui de la personne dominante. Joue à fond durant la scène, mais en sort une fois que tout est terminé.

5. Personne soumise-jouet

Lâche rarement prise hormis peut-être sur des bases temporaires, durant de brèves scènes et à l’intérieur de limites bien spécifiques. Retire sa satisfaction dans le fait de servir/d’être utilisée par la personne dominante pour des motifs de plaisir, généralement érotiques. Cherche son propre plaisir avant tout.

soumise cravache

6. Soumis(e)

Donne réellement le pouvoir à la personne dominante (généralement à l’intérieur de certaines limites); veut servir, obéir, plaire et être utilisée par la personne dominante; souhaite offrir ses services à des fins érotiques ou non; peut même se glisser dans un rôle d’esclave à temps plein durant quelques jours. A généralement une relation à long terme avec son(sa) Maître(sse), relation faisant l’objet d’un contrat et d’un engagement profond. Est beaucoup plus dévouée aux besoins, demandes et désirs de la personne dominante, qu’aux siens propres. Son plaisir provient généralement du besoin viscéral de servir, complaire et obéir à son(sa) Maître(sse). Retire une fierté de ce besoin de servir. Certaines de ces personnes peuvent vivre avec leur MaÎtre(sse) sur une base partielle ou à temps plein, bien que ce ne soit pas toujours le cas. La majorité des personnes soumises portent le collier de leur Maître(sse).

7. Soumise consensuelle mais réelle esclave, à temps partiel

Dans une relation suivie et se considère la propriété de son(sa) Maître(sse) en tout temps. Veut lui obéir et lui plaire sur tous les plans dans la vie, érotiques et non érotiques. Peut dédier une partie de son temps à d’autres engagements mais Maître(sse) a le dernier mot sur ses temps libres. En général, une entente spécifique et écrite lie les parties.

8. Esclave à temps plein sur une base consensuelle

Hormis sur quelques menus aspects et limites, cette personne considère n’exister que pour le bien-être et le plaisir de son(sa) Maître(sse). En retour, elle s’attend à être vue comme un cadeau de grand prix (propriété). Un grand nombre d’esclaves cumulent les tâches professionnelles et ménagères, et leur salaire est volontiers remis au(à la) Maître(sse) afin qu’il(elle) en prenne soin. Vu par le prisme du BDSM, un tel arrangement tient compte du consentement de la personne esclave et reconnaît explicitement les dangers d’un tel statut, par l’échange de pouvoir en cause, ce qui se traduit bien souvent par des pré-arrangements plus clairs et définis que bien des contrats de mariage traditionnels. Un contrat écrit étant de rigueur, dans plusieurs de ceux-ci, on peut lire en toutes lettres que si la personne esclave demande à être libérée et que sa demande lui est refusée, alors elle doit honorer son engagement et rester auprès de son(sa) Maître(sse.)

9. Esclave entière et sans limites sur une base consensuelle

Un fantasme répandu bien que rarement appliqué dans la vie quotidienne (sauf dans le cas de certains cultes religieux et d’autres situations ou le consentement est induit par lavage de cerveau ou par des pressions sociales ou économiques). Certains puristes insisteront sur le fait que vous n’êtes pas une personne réellement esclave tant que vous n’acceptez pas de faire absolument tout ce que la personne dominante vous demandera. Plusieurs se réclameront de l’esclavagisme total sans limites.... bien que nous ayons tous et toutes nos limites, quelles qu’elles soient. Croire le contraire est illusoire.

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