Violence dans le jardin (suite)

Ce texte de Polly Peachum m'a été envoyé par mon Maître au début de notre relation. Il souhaitait que je le lise et y apporte mes commentaires, ce que j'ai fait...

Le plus important, pour la plupart de nous les soumises, est que le plaisir du service est intime : les expériences extrêmes de douleur et d'humiliation aux mains d'un dominant créent un lien intense et profond. Je n'ai absolument aucune défense contre lui. Mon âme est mise à nu et exposée devant lui. Cette intimité est effrayante dans son intensité. La confiance requise pour l'éprouver est prodigieuse. Seules les soumises qui l'ont connu dans un contexte d'impuissance totale le décrivent avec ravissement, presque en termes mystiques. Pour nous, le prix d'admission de la peur et de la vulnérabilité vaut bien un billet pour le paradis sur terre. (je suis bien d’accord avec cette réflexion, la soumission n’est pas adaptable à n’importe qui, c’est évident, il faut avoir le mental pour ça.)
Il y a quelques caractéristiques générales de la soumission que les autres soumises et moi apprécions. Ce qu'une soumise aime, ce qui la rend toute chose, surprend bien des gens. La pénible réponse classique, souvent dite en rigolant, c'est : "elle aime le fouet et les chaînes" ; en ce qui me concerne, la richesse de sensations particulières, les fantaisies et les impressions qui excitent mon imagination érotique et soutiennent ma soumission sont pratiquement infinies dans leur diversité. Cela comprend l'odeur enivrante d'un cuir neuf ; la vue de quelqu'un tout de noir vêtu ; la peau qui frissonne au contact du froid métal des contraintes ; une paire de gants lentement enfilés ; le goût piquant et humiliant de mon propre jus sur des doigts enfoncés dans ma bouche ; des sons perçants et durs, comme celui d'un bâton de golf frappant la balle, me rappelant le bois ou le cuir asséné brusquement sur la chair ; la sensation terrifiante du sang s'écoulant sur l'arrière de mes jambes ; une cravache frappée avec rythme au creux d'une main ; le goût amer de la peur avec ses nœuds dans l'estomac ; l'expression déterminée dans l'œil de certains dominants ; une gifle ; une main serrant doucement ma gorge, menaçante ; la vue d'une aiguille passant au travers de la peau ; la sensation unique d'être couchée au sol, de sentir la pression d'une botte sur ma tête ; l'embarrassante et intense sensation d'être le canard boiteux, seule à être nue en face d'un groupe de personnes complètement vêtues ; être forcée à m'agenouiller, à marcher à quatre pattes ou à ramper ; être forcée à prendre la position classique de l'esclave, tête au sol, cul relevé pour bien exposer les fesses et les parties génitales pour le plaisir de mon dominant ; l'incapacité de reprendre haleine lors d'une fellation forcée dans ma bouche douloureuse ; le son de mon aimé riant à mes cris de souffrance ; l'étreinte serrée d'un collier de métal cadenassé autour de mon cou ; le goût du fouet de cuir poussé contre mes lèvres pour que je l'embrasse ou le lèche. La vie d'une soumise life-style à son meilleur est, à un faible niveau - et souvent pas si faible que cela - une antasmagorie de la stimulation érotique, de l'intimité profonde et de la conscience vive de l'exceptionnel. (Le mariage des sens et de l’esprit : ce doit être vrai pour toutes les soumises, je suppose…)
Évidemment, ce genre d'existence n'est pas envisagé sans être approfondi. Les questions que les femmes soumises se posent, les débats intérieurs qui les agitent, proviennent du milieu culturel qui les entourent : les questions des soumises sont, à l'inverse, les accusations de la société. Ces accusations sont-elles fondées ou incarnent-elles les mythes que la plupart des gens croient tout simplement parce que cela leur semble correct de le faire ? Les mythes eux-mêmes se doivent d'être étudiés. Est-ce que les conceptions de la société conventionnelle sur les soumis concordent avec leurs expériences personnelles ? Les mobiles de ceux qui diffusent les mythes et les attitudes négatives à propos de la sexualité des soumis doivent aussi être examinés par la soumise au cours de sa démarche en vue d'accepter ses besoins. La soumise mythique est faible, sans volonté, incapable de prendre des décisions parce qu'elle ne veut pas supporter les charges et les responsabilités que les autres adultes portent ou à cause d'un besoin pathologique d'être dépendante du dominant. Elle et son dominant sont censés former une relation particulièrement violente et maladivement co-dépendante. Comme c'est souvent le cas avec les croyances populaires, à propos des gens et des choses qui nous rendent mal à l'aise, la croyance dans la faiblesse de la femme soumise est souvent l'extrême contraire de la réalité. La plupart des gens seraient incapables de vivre à plein temps une vie de soumission, peu importe à quel point ils le voudraient, simplement parce qu'ils n'auraient pas la force de caractère requise. (absolument exact !!!) La plupart des gens, quand ils pensent à une soumise, imaginent un faible petit paillasson de caoutchouc que quiconque, pas seulement un dominant en particulier, peut piétiner. La vérité est que s'il y a certainement des soumises faibles, conformes à l'image du paillasson, il y a aussi bien des gens faibles impliqués dans des relations conventionnelles non perverses. Les gens autodestructeurs existent -- point à ligne. Certains sont amenés au sadomasochisme, certains non, mais peu importe où ils iront, ils devraient y trouver la confirmation de leur incapacité. Les faiblardes sont une minorité parmi les soumises conscientes et sont particulièrement rares dans le life style, dans les relations permanentes, pour un certain nombre de raisons étroitement liées. La plus importante, parmi elles, est que les gens impliqués dans la soumission life style ont tendance à prendre leur sexualité et leurs partenaires potentiels très au sérieux. Beaucoup d'évaluations prudentes prennent place, de la part de la soumise et du dominant, avant qu'une union, spécialement une union permanente, ne soit établie. Ce serait très difficile pour une personne faible ou autodestructrice de dissimuler ces tendances à un dominant expérimenté ; quand il va rencontrer une soumise, la faible estime de soi est un des premiers traits qu'un dominant expérimenté recherche comme symptôme pathologique - afin de l'éviter - (les dominants sains évitent les soumises autodestructrices parce que les dominants sont intéressés seulement par le réel échange de pouvoir, et le pouvoir n'est pas quelque chose qu'une soumise autodestructrice ait beaucoup à échanger). Une relation life style fructueuse nécessite une dose de force et de don désintéressé ; une personne obsédée par le fait de voir confirmée son image négative d'elle-même n'en a pas l'énergie, ni ne s'y intéresse. L'obéissance sincère absolue, du genre qui retentit dans l'âme à l'accomplissement de l'acte demandé, est rare et, même si vous avez de la facilité pour cela, c'est très difficile à développer. Seule une personne avec une bonne compréhension de ses propres forces et une opinion positive de ses capacités est capable d'apprendre l'obéissance requise dans une relation absolue de maître/esclave de type sadomasochiste. Seule une personnalité très forte et opiniâtre aura la capacité de ne pas lâcher aux moments difficiles : quand elle ne veut pas obéir ou quand les ordres sont donnés de façon humiliante, peut-être devant d'autres personnes qu'elle espère impressionner par son indépendance. (ceci rejoint une de nos conversations au sujet des mauvaises raisons qui conduisent certaines personnes au bdsm… mauvaises raisons = mauvais soumis ou mauvais Maîtres.)

attachée

Une autre caractéristique du stéréotype de la soumise faible est que cette soumise fuit dans une relation life style afin d'éviter les responsabilités et les prises de décision adultes. Je ne peux pas parler au nom de toutes les soumises life style, mais je ne me suis certainement pas portée volontaire pour une vie d'esclavage par souci de faire prendre mes décisions par quelqu'un d'autre. J'avais 30 ans, j'avais vécu par moi-même et pris mes propres décisions pendant plus de 12 ans, et je n'avais pas la moindre peine à me défendre par moi-même avant que je sois accrochée à mon maître. Remettre la prise de décisions était particulièrement difficile pour moi. J'avais l'habitude de prendre les décisions dans mes relations personnelles. J'avais l'habitude d'être parmi des gens qui aimaient me voir prendre des décisions, et j'ai grandi en faisant confiance à mon propre jugement. Faire confiance à quelqu'un d'autre pour prendre les décisions dans ma relation, surtout à mon sujet, et ce aussi bien ou mieux que moi, était très difficile à faire, et seule une expérience durable avec quelqu'un d'aussi réellement capable que moi m'a facilité la chose. (Le stéréotype du dominant manipulateur et égoïste, l'immoral prédateur des plus faibles, est étroitement lié à celui de la soumise paillasson : une personne qui ne peut pas établir une relation avec un égal. Bien que certaines personnes soient attirées par le rôle de dominant à cause d'une instabilité personnelle, parce qu'ils croient que la seule façon qu'ils ont d'attirer et de retenir une femme est de la dominer, les dominants life style qui réussissent le font en raison d'une profonde source d'assurance qui leur dit que ce qu'ils font est vraiment correct : que c'est ce qu'ils devaient faire. C'est le reflet à l'envers du sentiment de la soumise d'être enfin arrivée à destination. Les membres expérimentés des communautés S&M savent comment faire la différence entre un prétendu dominant, qui fait cela pour des raisons erronées, et un vrai dominant. Les gens peu sûrs d'eux, qui ne sont pas en réalité dominants, montrent de nombreux signes aisément repérables par les soumises d'expérience, tout comme les dominants expérimentés peuvent identifier les personnes ayant de sévères problèmes d'estime de soi et qui se font passer pour soumises.) (une relation bdsm ne peut se faire qu’avec des gens équilibrés et bien dans leur peau, je n’en ai jamais douté !)
Une grande question à laquelle nous les soumises sommes confrontées, en particulier les féministes, est que, dans notre désir égoïste de satisfaction sexuelle bizarre, nous encouragerions la violence contre les femmes. Le sadomasochisme est souvent vu comme de la violence ritualisée : impersonnelle, brutale, déshumanisante et ciblée. Il est prétendu perpétuer l'hostilité envers les femmes et mettre sans dessus dessous les modèles de l'amour et des relations intimes. Plusieurs le voient comme amplifiant les inégalités entre hommes et femmes et promouvant une forme de sexe froid et émotivement distant. Ces idées prennent diverses formes et doivent être regardées une à une. Est-ce que les soumises conscientes ont quoique ce soit à voir avec les inégalités culturelles entre les sexes ? Je ne crois pas. Une bonne part de l'Internet, le réseau de communication international, sert aux petites annonces et bien des gens intéressés par le sexe sadomasochiste l'utilisent. Ces annonces révèlent de façon claire et nette la tendance dominante ou soumise. Plusieurs messages sont envoyés de la part de soumis qui cherchent des femmes dominatrices. (Cette information ne finalise en rien la question, évidemment. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte dans le désir de chercher des partenaires sexuels par les moyens publics. Il reste que la réalité, telle que représentée sur Internet, ne supporte pas le point de vue que les rôles joués dans le sexe sadomasochiste renforcent les stéréotypes sexuels - et aucune autre information valable ne semble non plus étayer ce point de vue.) Selon Different Loving : The World of Sexual Dominance and Submission³ :"Les théoriciens de la sexualité ont traditionnellement maintenu que les hommes sont plus portés que les femmes à avoir des fantasmes sexuels sadiques... que les femmes sont plus portées que les hommes à avoir des fantasmes masochistes. Aucune preuve, anecdotique ou autre, ne corrobore ces hypothèses. En effet, les soumis mâles forment la plus grande partie des communautés [sadomasochistes], et l'universel intérêt masculin pour la soumission est un phénomène observable." Quelques-unes des croyances que la soumission féminine perpétue les rôles sexuels stéréotypés et la violence contre les femmes sont sans doute dues à la confusion entourant la violence. Ceux qui immortalisent ces mythes soutiennent que lorsqu'une personne en frappe une autre, assez pour lui causer de la douleur - sans tenir compte du fait que le frappé a demandé au frappeur de le faire et en tire plaisir et satisfaction - cette action serait de la violence au même titre que le viol ou la violence conjugale. Ni l'intention de la personne "abusée" ni celle de "l'abuseur" n'a d'importance à leurs yeux. Alors, qu'en est-il de la femme soumise qui érotise la douleur et la force ? Est-ce que ces choses qu'elle veut, qui la soutiennent de jour en jour et l'amènent à l'extase quelquefois, peuvent être comparées à la violence brutale, forcée, contre une victime désespérée, impuissante et non consentante ? (inutile à mon sens de chercher à convaincre les non pratiquants, il faut avoir les dispositions mentales et accepter de vivre ça pour comprendre.)
La croyance que les femmes soumises s'investissent dans des relations impersonnelles et déshumanisantes est effroyable. Ceux qui croient cela sont souvent des individus qui n'ont aucune expérience avec les soumis ou avec les relations sadomasochistes. Quelque expérience avec de telles personnes et relations leur apprendrait que les gens dans les relations sadomasochistes à long terme sont plutôt de ceux ayant une expérience considérable de relations sexuelles conventionnelles, et qui les trouvent insuffisantes en intimité et en intensité de communication personnelle. (Par exemple, j'ai eu de nombreuses courtes relations, une relation de 12 ans avec un homme et une relation de 2 ans avec une femme avant que je ne devienne une sadomasochiste active). Les soumises trouvent que le sexe sadomasochiste permet une intimité feutrée et un rapprochement que le sexe conventionnel ne permet pas. Le "consentement à ne plus consentir", qui est central dans une relation sadomasochiste consciente, requiert un sens profond, et même extrême, de l'honnêteté et de la communication entre le dominant et le soumis. Les sadomasochistes qui réussissent ont appris tout naturellement à développer ce foyer d'honnêteté. Les soumis qui ne partagent qu'à contrecœur ce qu'ils ressentent vraiment, ou qui sont activement malhonnêtes quand le fouet frappe ou que l'humiliation commence, sont évités par les dominants expérimentés et, en tous cas, ratent souvent leur coup comme soumis (de la même façon, les dominants malhonnêtes et qui ne communiquent pas sont dangereux et ont tendance à faillir comme dominants actifs). La confiance et l'honnêteté, les pierres angulaires de l'intimité, peuvent exister dans une relation sexuelle conventionnelle, mais rien dans la dynamique d'une telle relation ne les nécessite à un degré particulier aussi élevé. Parce que ces qualités sont obligatoires chez ceux qui pratiquent et réussissent leurs relations sadomasochistes conscientes, l'impersonnalité est simplement impossible dans une telle proximité. Pareillement, la déshumanisation, quoique souvent utilisée par les dominants comme une technique pour produire une ferveur érotique chez la soumise, au cours d'une activité sexuelle, condamne une relation sadomasochiste life style à une fin proche si elle est le reflet de l'attitude réelle de l'un ou l'autre des partenaires. (je ne vois effectivement pas comment on peut vivre cette relation sans confiance et honnêteté, confiance d’une part face aux « dangers » que peuvent constituer certaines pratiques si elles sont mal maîtrisées, honnêteté d’autre part, parce qu’il faut bien se connaître pour pouvoir évaluer ce qu’on est capable de faire, comme de subir….) Bien que la réalité d'être une femme soumise soit beaucoup plus chaleureuse et douce que ne le soupçonnent ceux qui n'y connaissent rien, elle exige pourtant une confiance en soi et une force émotionnelle très satisfaisantes ; toutes les femmes soumises sont aux prises, quelquefois de façon récurrente, avec la question de savoir si leurs goûts sexuels et sociaux refléteraient une pathologie grave, peut-être même compliquée d'un précoce abus sexuel ou physique. J'ai aussi été aux prises avec cette interrogation. Quelqu'un, connaissant très bien mes goûts et mes attitudes, m'a un jour offert un macaron où était écrit : "J'ai été réduite à ÇA !" Je l'aime beaucoup mais j'aurais voulu modifier l'inscription un petit peu pour qu'on y lise : "J'ai toujours désiré être réduite à ÇA !", tellement cette expression décrit pertinemment l'histoire de ma vie.

Liens-secrets

"Liens-Secrets", création 2009