Violence dans le jardin (fin)

Ce texte de Polly Peachum m'a été envoyé par mon Maître au début de notre relation. Il souhaitait que je le lise et y apporte mes commentaires, ce que j'ai fait...

Quand j'ai rencontré mon maître en direct, je m'attendais à être manipulée. Je m'attendais à de la bravade et à ce qu'il se fasse remarquer, masquant un insondable ego inquiet, tout comme ce que j'avais trouvé chez plusieurs hommes rencontrés ou avec lesquels j'avais été en relation. Il m'avait dit tout d'abord, dans un de ses premiers courriels qu'il était un guérisseur, quelqu'un qui aidait les gens malheureux à être mieux émotivement. Quand nous avons commencé à parler, il a posé clairement que, bien qu'attiré par moi, il me voyait plus comme une personne qu'il pouvait aider que comme une potentielle compagne de vie. Il ne faisait pas la chasse aux soumises ou n'essayait pas de m'ajouter à une sorte de harem sadomasochiste. Il guérissait de façon simple, disait-il, sans faire payer ceux qu'il aidait, parce qu'il avait la passion de cela, une vocation. J'éprouvais la même méfiance que j'aurais eue envers quelqu'un m'annonçant qu'il est sorcier ou médium. Je croyais que le fait de se nommer lui-même guérisseur était probablement un exutoire à son ego. Alors, je l'ai testé.
En ne croyant pas vraiment qu'il pouvait m'aider émotivement (personne dans ma vie n'avait été capable de m'aider - toutes les réalisations ou développements que j'avais accomplis l'avaient été malgré les gens qui m'entouraient, non pas grâce à eux), et sans pleinement réaliser ce que je faisais, je lui lançais un défi. En réponse à son message de guérisseur, je disais avec effet, et plutôt cyniquement : "Certainement, Monsieur Guérisseur, vous êtes bienvenu d'essayer ce que vous voulez, mais ne vous attendez pas à quelque résultat avec moi." Bien plus tard, mon maître m'a dit comme il avait rit tout bas à ma déclaration arrogante et qu'il savait, même avant que je ne commence, que j'allais vite changer d'opinion. Comment savait-il cela de moi ? Il avait lu mes messages publics attentivement, avait une grande expérience des gens, il savait déjà que j'étais brillante, motivée et très sincère à propos de mes désirs de soumission. Donc, il connaissait déjà une bonne partie de mes problèmes et difficultés personnels : les choses que je n'affrontais pas, les principes de vie qui n'avaient pas fonctionné pour moi, mes peurs et mes susceptibilités.
Réalisant, comme je l'ai fait rapidement, qu'il en savait tant sur moi fut la première des maintes constatations extraordinaires que je ferais sur lui avec les années. Comme la dynamique maître -- amants -- esclave était lentement ajoutée à la dynamique guérisseur -- patiente, je commençais à réaliser que tout ce qu'il avait dit sur lui-même, même les choses qui donnaient l'impression d'être des vantardises, parce que c'était trop beau pour être vrai, étaient exactes et authentiques. Il avait réellement une grande confiance en lui et une attitude positive envers les obligations, et il était capable de les transmettre ou de les projeter aux personnes qu'il essayait d'aider. Il prenait réellement la responsabilité pour tout ce qu'il faisait et il tenait toujours sa parole. S'il disait qu'il m'appelait à 7 heures du soir le jeudi, il le faisait. Il avait une personnalité absolument solide, non affligée par les sautes d'humeur. Il avait une énorme force nerveuse, une grande maturité et un déroutant manque de faiblesse émotive. Il n'était pas accablé quand de terribles choses arrivaient dans sa vie, ni n'était très en colère ou contrarié par quoi que ce soit que je faisais. Plus agréable, il ne prenait ni lui ni rien d'autre dans sa vie trop au sérieux, et se moquait constamment de l'un comme de l'autre - quelque chose qu'un imposteur comme Lord-Sir-Omnipotent-Dominant-de-l'Univers serait incapable de faire. Ces forts traits caractéristiques permettaient à mon maître de réussir plutôt bien, et quelque fois très bien, en toutes choses qu'il entreprenait. Il a également été un féministe inébranlable pendant des décennies et a lutté pour les droits des femmes bien avant que ce ne soit une mode pour les hommes de n'y souscrire qu'en paroles. (au-delà de l’admiration qu’elle porte à son Maître, je crois retrouver dans son discours des qualités qui me paraissent essentielles à tous les Maîtres et que je retrouve chez vous, je les ai soulignées…)
Six longues et merveilleuses années ont passé et je suis très heureuse du choix que j'ai fait et le cours de ma vie en est la conséquence. S'il m'était donné la possibilité de décider de devenir une esclave maintenant, avec tout ce que je sais, je choisirais de même. En regardant attentivement ce que je suis devenue et ce que j'étais avant d'être une soumise en life style, je puis dire que mes expériences ont beaucoup amélioré ma vie et, d'une certaine façon, lui ont fait faire demi-tour. Sans la direction expérimentée de mon maître, je ne crois pas que tout cela aurait été possible. Il y a 6 ans j'étais incapable de m'extirper du bourbier où je m'étais moi-même enlisée. J'étais très grasse et je prenais du poids régulièrement. Bien que j'avais un emploi assez intéressant, mon propre appartement et un amant, j'étais à bout. J'étais profondément déçue de moi-même et je me sentais incapable, impuissante à changer ma vie qui roulait à la perfection mais bloquée au neutre côté émotionnel. J'avais mes petites satisfactions, des choses qui me rendaient heureuses, mais la plupart de celles-là étaient devenues des vices. Je buvais à peu près mes six bières tous les soirs en mangeant de gargantuesques soupers. J'aimais correspondre avec les gens par ordinateur, mais c'était devenu aussi une assuétude. J'achetais toutes les revues de mode et de beauté dès leur sortie et je passais des heures à contempler envieusement les beaux modèles en rêvant de ressembler à chacune d'elle. Comme manger et boire, essayer de correspondre à l'idéal de beauté social était un des moyens afin d'éviter de confronter le problème réel : les aspects de ma vie stériles et inachevés. Curieusement je me croyais heureuse.
Maintenant, tout cela a changé. J'ai perdu le poids que j'avais besoin de perdre, par un programme long d'exercices et de meilleure nutrition. (Je ne pourrais pas appeler cela une diète - c'était plus modéré et complet). J'ai cessé de manger avec excès et compulsion. J'ai cessé de boire beaucoup, et de désirer boire pour m'évader. Je lis rarement des revues de mode ces temps-ci et les femmes qu'on y trouve ne m'impressionnent plus. Je ne les trouve plus attirantes ou désirables au point de vouloir les imiter. Je ne suis plus mécontente de ma carrière : je provoque les choses. Les résultats imprévus de mon propre inconscient sont rarement furtifs, comme ils l'étaient souvent. Je n'échappe pas à la connaissance des effets que mes actes ont sur mon entourage social et professionnel. Mes efforts secrets pour miner ma vie ont cessé. Je ne crois pas que j'essaie de m'évader ou d'éviter quelque aspect de ma vie. Plus important encore, ce que je suis n'est plus un mystère sombre pour moi. J'ai découvert qui je suis, ce que je veux de la vie, et j'apprends un peu plus chaque jour sur comment l'obtenir. Je ne laisse plus tous les gens me vaincre, et je peux faire des choses - comme exprimer ma colère à des étrangers - qui m'étaient inconcevables il y a six ans. Mon état affectif est passé d'une légère dépression continue à la joie et à la paix avec moi-même. Je ne cherche plus une place dans la vie ; je suis enfin arrivée à destination. (comment peut il en être autrement quand on a accepté d’être soi même et qu’on a la preuve tous les jours que c’est le bon choix… la soumission valorise et donne une force insoupçonnable quand elle est vécue librement et sincèrement…)

encordée

Bien que mon maître m'ait aidée à guérir et à grandir, j'ai fait la plupart de ce dur travail moi-même. Qu'il m'ait été permis de développer le pouvoir de changer ma vie de façon importante et positive, alors que des gens passent des décennies en thérapie sans obtenir ce genre de résultats spectaculaires, c'est que j'ai fait ce que j'avais à faire, ce que j'avais besoin de faire dans ma vie. Je réalise, de façon positive, saine et sans danger, les fantasmes que j'ai eus pendant des années, enlèvement, viol, perte de contrôle, souffrance érotique et avilissement. Après avoir longtemps cherché pourquoi j'ai été capable d'accomplir tout ce que j 'ai fait, j'ai conclu que lorsqu'une personne trouve sa place, ou quelque chose qu'elle aime vraiment, beaucoup de comportements négatifs, y compris des habitudes enracinées, peuvent être rejetés avec les symptômes superficiels d'une profonde insatisfaction de la vie.
Je crois que je suis devenue une soumise malgré mon environnement et mes expériences, et non pas grâce à eux. J'ai le genre d'antécédents qui font se replier les gens, les rendent cinglés et non pas sexuellement soumis. Mon père était un alcoolique qui est mort avant que j'atteigne la puberté. Quand il vivait encore, il abusait de moi tour à tour physiquement et psychologiquement et me gâtait d'amour et d'attentions. Après sa mort, j'ai passé bien des mois à pleurer en m'endormant dans la solitude. Aussi mauvais qu'il était, il était le seul de la famille qui m'avait inculquée la notion que j'étais une personne spéciale et aimée. (Je suis consciente que ma vie d'adulte, par certains cotés, est une répétition du rapport à mon père. Je suis aussi consciente que pour moi c'est une saine relation qui est bien plus dans ma sexualité qu'une simple représentation enfantine.)
Peu de temps après la mort de mon père, ma mère m'a retirée du système scolaire public et m'a envoyée à l'école catholique. Jusque-là j'étais une enfant pitoyablement timide et qui manquait de confiance en elle-même. Je restais plantée contre le mur de la cour de récréation, regardant les autres enfants jouer, et je m'inventais des histoires vexantes pour m'expliquer pourquoi ils ne me demandaient jamais de me joindre à eux : j'étais trop stupide ; j'étais maladroite ; ma famille était trop pauvre ; j'étais une étrangère ; je n'étais pas assez bonne pour eux.
Pendant ces années de torture, ma mère travaillait comme enseignante sous-payée pour essayer de faire vivre une famille de 6 personnes. Son épuisement et sa désillusion de la vie l'ont rendue émotivement distante et complètement insensible à ma détresse. Quoique j'étais une enfant créative et douée intellectuellement, j'ai développé une opinion de moi comprenant à peu près tous les éléments de l'infériorité et de l'échec. Je me sentais délaissée, qu'à peu près tout le monde autour de moi était plus fort ou intelligent, que je ne pouvais rien faire, et que j'étais incapable de m'occuper de ma vie, de quelque manière, simplement parce que j'étais une femme comme ma mère. Quand je me rendais compte sincèrement que mes compagnons de classe mâles n'étaient pas, eux, dans la plupart des cas, plus intelligents que moi, j'abaissais mes opinions et mes idées comme étant sans valeur à côté des leurs, encouragée en ce sens par mes professeurs. Mes grandes ressources créatives servaient à m'inventer des raisons pour appuyer mon opinion que les idées des garçons étaient toujours meilleures que les miennes.
A ma sortie de l'école catholique, terriblement blessée, j'étais désarmée face à la puberté et à ma première expérience sexuelle véritable, un viol à l'âge de 14 ans. Avec cette merveilleuse introduction au merveilleux monde du sexe en bas de la ceinture, j'ai passé mon adolescence, et bien des années de ma vingtaine, aussi frigide que le Pôle Nord. La littérature féministe que je lisais à ce moment-là, me donnait des espoirs idéalistes sur comment les choses devraient être - comment moi, une jeune femme forte, je devrais agir et me sentir - mais je n'étais pas en position de mettre ces idéaux en pratique. Je n'avais aucune expérience de réussite sur laquelle construire. Mais j'étais toujours vivante à l'intérieur de moi, avec un inébranlable fond d'optimisme, un espoir solide et têtu que les choses s'arrangeraient pour le mieux. Je sais que j'ai réussi à me garder une place en moi, à l'abri des choses abominables que la vie jetait en travers de mon chemin, à l'abri des cruautés du monde. Là, j'étais heureuse, là, j'avais de l'espoir pour une vie meilleure et là, je vivais mes plus tendres et intimes fantasmes sexuels. (je ne suis pas sûre que l’enfance est une part si importante dans le cheminement qui mène à la soumission, en tout cas, pas directement, je crois plutôt qu’il s’agit de dispositions psychologiques qui, elles, peuvent être alimentées par le vécu, mais ce n’est que mon opinion…)
Mon passé est difficile mais pas plus que d'autres et en rien différent des antécédents de millions de femmes pour lesquelles les désirs de soumise, si elles en ont, sont sans importance dans leur vie. Plusieurs de ces femmes, dans maintes circonstances, sont malheureuses, confuses, désorientées - et je ne le suis pas. Paradoxalement, j'ai découvert comment utiliser mes convictions féministes, comment finalement en faire des éléments réels et pratiques dans ma vie, durant les dernières années que j'ai passées en esclavage avec un homme. (il faut en être convaincue pour accepter de s’agenouiller devant un homme, non ?)
Les hypothèses de bases de la théorie du féminisme, comme je les vois, sont que les femmes sont aussi capables que les hommes ; que les femmes ont besoin d'avoir plusieurs droits, possibilités et responsabilités, comme les hommes ; que c'est absolument faux que n'importe quoi peut arriver ou ne pas arriver à une femme simplement parce qu'elle est une femme. Le féminisme, comme je l'ai vécu durant les six dernières années, a été lié aux parties de ma personnalité qui étaient affectées par les attitudes culturelles sexistes. Mon fait de devenir une féministe en pratique (à l'opposé de croire en les idéaux féministes) m'a entraînée à désapprendre les leçons qu'enfant on me serinait - que j'étais inférieure, incapable de rien accomplir d'important, que mes opinions n'étaient pas valables ou ne comptaient pas, surtout comparées à celles d'un homme - que tout cela était faux et que je devais agir en conséquence.
Mon maître croyait depuis le début que je pouvais des choses exceptionnelles. Il savait que ce qui me retenait n'était pas un manque de capacité mais mes propres fichues appréhensions. Il m'aidait à me voir comme une femme forte et capable. Il m'enseignait aussi comment réussir et comment ne pas ignorer et mettre de côté les petits succès du passé. Je ne me suis jamais sentie plus forte, plus compétente et meilleure que maintenant et j'espère que ces sentiments vont s'accroître encore.
Mon expérience de vivre une relation d'échange de pouvoir, ainsi que mes autres connaissances sadomasochistes, m'ont aussi pourvue d'une importante habileté qui m'a donnée une conscience croissante de la maîtrise de ma vie et de mon environnement. J'ai acquis une profonde conscience du fait que le pouvoir fait partie de toute relation, aussi bien professionnelle, politique ou personnelle, et j'utilise ce savoir sur une base quotidienne pour répondre plus à fond à mes idéaux féministes personnels et professionnels.
La plupart des gens sont inconscients du rôle premier que les affaires de pouvoir jouent dans leur vie. Ils ne réalisent pas s'ils donnent le pouvoir ou s'il leur est astucieusement arraché. Ils ne savent pas toujours quand ils le prennent à quelqu'un. Étant ignorants de cet échange de pouvoir, qui survient tous les jours de la vie, souvent les gens basent leurs actes et leurs décisions sur de fausses conceptions dénuées d'une bonne part de réalité. Parce que les dominants et les soumis font constamment face au pouvoir directement et consciemment dans leurs relations premières, ce peut quelquefois être choquant pour eux que les autres ne voient pas cette dynamique aussi clairement qu'eux. Cette conscience de la dynamique du pouvoir interpersonnel a profondément changé ma vie : je sais comment faire avec la plupart des gens. Je peux pressentir comment les situations vont se développer et donc voir quand il est pratique de renoncer et quand il est réaliste d'insister.
Ainsi, curieusement, ma sexualité de soumise m'a aidée à surmonter les limites émotionnelles qui m'ont été autrefois imposées par mes antécédents. (là encore, je ne pense pas que ce soit une généralité, est ce la condition de soumise qui donne la force ou le regard du Maître qui transcende la soumise ? personnellement, j’opterais plutôt pour la seconde solution, je crois qu’une soumise grandit parce qu’elle se voit belle aux yeux de son Maître, parce qu’elle sait qu’elle est capable de beaucoup pour lui, et donc, capable de beaucoup ailleurs aussi, chaque barrière qu’elle fait tomber est une victoire et donne de l’assurance, ce qui se ressent aussi dans la vie professionnelle, c’est en tout cas la façon dont je vis les choses…)
Le rapport entre mon histoire et ma sexualité est en grande partie obscur. Il doit être clair que malgré les théories - souvent absurdes - qui abondent à propos des causes de besoins sexuels particuliers, aucune de ces théories n'a pu s'avérer valable pour l'ensemble. Donc, il est futile d'essayer de mesurer les besoins sexuels d'une femme en rapport à une "normalité" psychologique arbitraire et à des standards non prouvés. Même pire, moins humain, est d'imaginer que les besoins sexuels d'un individu ont quelque signification politique qui puisse être généralisée. Le docteur Ronald Moglia, directeur du programme pour les diplômés en Sexualité Humaine à l'Université de New-York, disait dans une entrevue dans Different Loving : The World of Sexual Dominance and Submission 7: "Il y a beaucoup de choses que nous ignorons sur comment nos désirs sexuels sont façonnés. Les gens perçoivent souvent les comportements sexuels de manière politique. Beaucoup de nos comportements résultent de nos penchants et influences socioculturels, et certainement, chez les femmes, c'est très important. De prendre cela et de l'appliquer aux gens qui agissent de façon masochiste - ou de quelque autre façon spéciale - me fait remarquer à quel point les observations faites sont peu scientifiques, à quel point elles sont biaisées politiquement, et à quel point ce que [de tels gens] disent à propos des femmes sadiques est douteux tout autant que ce qu'ils disent à propos des femmes masochistes." Néanmoins, l'hostilité de la tendance générale de la société, et de plusieurs féministes, envers les masochistes et particulièrement envers les femmes soumises, est accablante.
C'est une des pénibles ironies d'être une femme soumise. Même après avoir lutté avec toute la confusion émotionnelle et l'ambiguïté politique qu'engendrent ses forts désirs, et après avoir enfin atteint un certain niveau de résolution intérieure, elle fait face à la haine et au rejet venant pour la plupart des gens parmi lesquels elle doit vivre et fonctionner. Leur hostilité semble inévitable. Cette tendance générale irréfléchie, qui régulièrement amalgame le sadomasochisme à la pédophilie et à la bestialité comme étant absolument inadmissible - après tout, c'est la même tendance générale qui se baigne de racisme et de sexisme tout en le niant, et qui détruit rapidement notre planète de façon insensée. L'hostilité d'une majorité de féministes très en vue est la plus difficile à digérer, et de loin.
Pourquoi tant de féministes doctrinaires, y compris celles qui font le plus de bruit, sont si hostiles aux femmes soumises ? Leurs explications, comme noté plus haut, tournent autour de l'idée que ces relations, dans lesquelles les femmes soumises s'engagent, promeuvent la prédominance culturelle mâle et que les images de femmes soumises, dans l'érotisme sadomasochiste et ailleurs, promeuvent la violence envers les femmes.
Dans Powers of Desire : the Politics of Sexuality, l'essayiste Jessica Benjamin dit : "Le danger a toujours été que les femmes et les autres victimes de violence soient blâmées, ou qu'elles ne se blâment elles-mêmes, pour l'avoir "provoquée". Cela a mené à une attitude de contre blâme : la discussion de la domination positives de la femme soumise, comme la mienne, quand nous vivons ou réalisons notre sexualité. La deuxième objection - similaire à celles soulevées par les censeurs et les réactionnaires de tout temps et de tout acabit - n'est pas soutenue par une information honnête et est sérieusement mise en doute. (il y a cependant là un détail que je ne m’explique pas, si ce n’est une référence très nette au monde animal : la domination quand elle est exercée par une femme me paraît moins « normale » ou du moins, moins « érotique », je ne peux m’empêcher de me tourner alors vers ceux qui nous ressemblent le plus : les animaux … la domination du mâle est quasiment générale chez toutes les espèces, y aurait il là un besoin de vivre les sensations primitives de nos ancêtres homo sapiens ? j’avoue ne pas être au clair avec cet aspect de ma réalité qui me fait regarder avec une certaine tendresse une soumise rampant aux pieds de son Maître alors qu’un soumis aux pieds de sa Maîtresse me laisse parfaitement indifférente, voire me fait sourire. J’espère un jour trouver la réponse à cet épineuse question, qui cache sans doute chez moi une vision de l’Homme que j’aurais sans doute à analyser un jour plus précisément…)
Je me doute bien que, derrière toute cette vertueuse préoccupation envers le sens politique de nos activités et envers notre bien-être personnel, à moi et à mes sœurs soumises, il y a une mesquine et vile avidité d'un faux-semblant de pouvoir. Il y a quelque chose de très arrogant et de terriblement "Troisième Reich" dans le fait d'affirmer : "Ma vision personnelle de cette forme de sexualité est qu'elle est très anormale et cause du tort, c'est donc anormal pour tout le monde et ce doit être attaqué et réprimé." Pour moi, le féminisme avait toujours eu à cœur de donner aux femmes la liberté de choisir pour elles-mêmes, non pas de leur enlever cette liberté selon leur bon vouloir. J'en ai eu assez que la société patriarcale le fasse pour moi ; les théoriciens de la victimologie et les féministes anti-pornographie du monde entier, essayant de me déposséder de mon droit à choisir librement mon genre de sexualité et le style de vie qui me rendrait plus heureuse, ne sont pas mieux. Parce qu'elles ont en quelque sorte détourné le féminisme, elles sont dans l'erreur. Bien des gens, dans leurs tentatives de limiter et de contrôler les autres qui, comme moi, n'entrent pas dans leur moule de l'hétérosexualité saine, suivent simplement les traces du patriarcat dans leur besoin de contrôler et de diriger les destinées des autres, et je ne vais certainement pas changer ma liberté chèrement gagnée envers le pouvoir institutionnel mâle pour un esclavage envers un injuste pouvoir féminin qui m'apparaît - à moi - tout aussi odieux et discordant. Je veux que le féminisme m'aide à atteindre mes objectifs de liberté de choix et de liberté d'aspirer au bonheur, et non pas qu'il me les refuse. ( elle parle des féministes dans le cadre politique, les vraies féministes ont, j’ose l’espérer, une vision beaucoup plus libérale de la sexualité…)
En dernière analyse, je crois que la pression que les femmes soumises ressentent de la part de certaines féministes provient d'une incompréhension fondamentale de la nature transitoire de leur pouvoir politique. Il y a à peine 25 ans de cela, les débats sur le féminisme et ses significations pratiques étaient purement académiques. Aujourd'hui, par contre, grâce à l'agitation dans les lieux d'enseignements et à l'habileté toute nouvelle d'utiliser les médias et certains élus en touchant leurs points sensibles afin de les impressionner, les féministes ont été capables d'exercer un certain effet sur le discours politique pratique et même sur le pouvoir politique. Quelques-unes d'entre elles ont rapidement commencé à utiliser ce pouvoir pour faire des campagnes de répression - avec succès à certains endroits - en vue de bannir le matériel érotique et pornographique sur la base qu'il serait censé promouvoir la violence contre les femmes. Dans ces campagnes elles s'unissent joyeusement, sur cette seule question, avec la droite chrétienne et autres réactionnaires, qui eux ont à leur ordre du jour bien plus de répressions que ces quelques suffisantes idéologues féministes. Ce que de telles féministes ne comprennent pas, c'est que lorsque leur popularité momentanée passera, que les milieux d'enseignement et les politiciens auront perdu l'intérêt pour elles et choisiront une autre mode, la droite chrétienne sera toujours là, encore plus puissante d'avoir dupé et d'avoir été supportée par quelques féministes. C'est de cette droite chrétienne, et non des sadomasochistes, que vient vraiment la menace à long terme contre l'émancipation de la femme. S'ils prennent les moyens pour, alors toutes les femmes, y compris leurs actuelles alliées féministes, nous nous retrouverons, nous-mêmes ou nos filles, à retourner dans un complet esclavage non consenti. ( là encore, elle fait référence au féminisme étroitement lié au puritanisme et à une politique de droite réactionnaire chers à nos amis d’outre Atlantique, je ne suis pas sûre que les féministes françaises tiennent le même discours… quand à nos politiques, ils se gardent bien de se mêler de sexe, la séparation entre l’église et l’état, pierre angulaire de notre système républicain ayant eu comme première vertu de ne pas mêler la morale judéo chrétienne aux affaires publiques, ce qui, au vu de ce qui se passe ailleurs, me paraît être un garant des libertés individuelles, je considère donc que tout ce chapitre sur le féminisme n’a pas grand intérêt, la seule question intéressante portant sur le regard des femmes « vanille » sur la prétendue « violence » des hommes à l’encontre des femmes dans le cadre SM… question à laquelle elle a d’ailleurs répondu : il n’y a pas violence puisqu’il y a consentement et même demande de la part de la prétendue « victime »…)
Chaque matin, je sors mon petit matou dans la jungle-jardin, en le tenant tendrement en sécurité dans mes bras parce que l'extérieur, autrefois un paradis naturel pour les chats, est devenu, avec les épidémies félines de leucémie et de sida, un environnement mortel. De la même façon, je crains que la riche jungle sadomasochiste dans laquelle je vis ne devienne vite trop périlleuse pour y rôder. Actuellement, mon chéri peut être poursuivi pour ce qu'il me fait dans presque toutes les juridictions de ce pays même si je ne porte pas plainte aux autorités. Si je protestais et disais que j'aime et encourage ce qu'il me fait, ces protestations seraient ignorées, et cette poursuite absolument injuste continuerait. Le mouvement actuel de la politique américaine vers la droite, et les pressions qui l'accompagnent pour toujours plus de peines exemplaires - tout cela combiné à l'attention portée aux crimes violents commis envers les femmes - ne présage rien que de très sinistre. Ainsi nous les soumises sommes beaucoup moins égales que d'autres et avons moins de droits au regard de la loi, tout comme les homosexuels dans certaines juridictions. Contrairement aux femmes satisfaites par une vie sexuelle conventionnelle, le corps de la soumise ne lui appartient pas, et elle ne peut pas choisir ce qui lui arrive ; il n'est pas non plus complètement à son maître : au lieu de cela, il appartient à l'État, lequel dicte ce qui peut ou ne peut pas être fait avec, d'après des définitions politiques de la violence, influencées par ceux-là même qui, comme les femmes, sont supposées nous soutenir et nous aider, et non pas essayer de nous réprimer ! Si nous les soumises ne remplaçons pas nos riches, merveilleux et violents jardins par l'équivalent sexuel d'un golf miniature, nous sommes menacées, si ce choix devait être découvert, de mesures punitives prises contre ceux que nous aimons. Les efforts de certaines de celles qui osent s'affirmer comme féministes, rendent cette situation encore plus intolérable. Quel choix ai-je, moi et les autres femmes soumises, sauf de rejeter complètement ceux qui demandent notre fidélité mais trahissent notre confiance et ignorent nos appels à la tolérance, au soutien et à l'ouverture d'esprit ? Bien que je sois toujours une femme qui supportera partout et toujours la cause des femmes, il viendra bientôt un temps, c'est bien triste, où je serai honteuse de m'appeler moi-même une féministe, surtout si ce mot continue de devenir synonyme, pour les femmes comme moi, "d'oppresseur".

Polly Peachum

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